Dernier volet d’une trilogie amorcée en 1997, Élyse III [1980-2000] est l’«autobiographie fictive», comme l’indique le sous-titre, d’une artiste imaginée par Diane Dubeau.

Dernier volet d’une trilogie amorcée en 1997, Élyse III [1980-2000] est l’«autobiographie fictive», comme l’indique le sous-titre, d’une artiste imaginée par Diane Dubeau. Le Théâtre de la Nouvelle Lune a, en effet, présenté les deux premiers spectacles de cette recherche théâtrale qui, par tranches de vingt ans, explore en parallèle l’évolution socioculturelle du Québec et le parcours créateur d’une jeune femme à trois moments de l’histoire, de 1940 à 2000. Ainsi, peintre automatiste puis sculptrice dans le premier volet, elle a choisi ensuite la performance et l’installation avant de se tourner, ici, vers le théâtre.
Pour la première fois, le personnage est interprété par Diane Dubeau, qui déclare dans le programme qu’Élyse «s’est rapprochée [d'elle] dangereusement». Cette osmose a placé la démarche sur un nouveau rail, semble-t-il, puisqu’on découvre une artiste moins préoccupée par l’expression artistique que par sa quête d’elle-même. De plus, l’arrière-plan socioculturel s’est nettement estompé: trois personnages masculins accompagnent Élyse sur scène, ce qui donne lieu à quelques vagues considérations sur la condition masculine (comme le traumatisme d’un homme qui, parce qu’il a eu une mère féministe, n’est jamais allé aux danseuses; ou de cet autre qui n’ose plus prononcer le mot «toton»!).
Toutefois, la recherche formelle – qui reste, selon moi, la sensibilité artistique la plus sûre de Diane Dubeau – s’harmonise mieux ici avec le propos que dans Élyse II. La quête existentielle d’Élyse sera ainsi illustrée, sur l’écran blanc qui restreint l’aire de jeu à un avant-plan transversal, par des photos et des portraits d’elle avec variantes. Outre la projection très dynamique de diapos, par trois carrousels posés sur des tables à roulettes, des jeux d’éclairage viennent encadrer les trois hommes (Daniel Desputeau, Hugues Fortin et Jean Maheux), faisant écho au triptyque.
Personnages convoqués par l’auteure pour l’aider à se définir ou souvenirs des hommes ayant passédans la vie d’Élyse, ces derniers assument leur position ambiguë avec une certaine légèreté. Grimpés sur des bicyclettes, ils s’inventent des jeux comme des p’tits gars, font des courses ou tentent maladroitement de s’exprimer. La parole théâtrale choisie par l’artiste est-elle si douloureuse? On comprend que leur errance (ils tournent littéralement en rond sur leur vélo, dans un mouvement, ma foi, plutôt exaspérant) traduit celle d’Élyse. Elle se cherche; ils la cherchent. Mais personne ne se trouvera. Et Élyse déclarera qu’aucun homme ne l’a comprise: «Tous des incapables.»
Ces tâtonnements déroutants seront interrompus, sans que rien nous y ait préparés, par un refus de tout compromis aux allures de manifeste, lorsque Diane Dubeau/Élyse vient énumérer tout ce qu’elle refuse: «Je quitte le monde de l’Art, je quitte la spiritualité, le tofu, le New Age, le in et le out, etc.» Mais on ne saura pas ce qu’elle choisit, si ce n’est l’authenticité, loin des modes.
Dans le discours des trois hommes, pas plus que dans le sien, on n’en apprendra pas beaucoup sur elle. On peut se demander quelle pudeur a empêché l’artiste de se livrer vraiment, à travers son personnage, puisqu’on n’assiste qu’aux balbutiements d’une réflexion. Pour ma part, j’ai éprouvé un malaise devant les louvoiements du texte et une retenue qui m’a paru délibérée. Il reste, puisque Diane Dubeau ne pèche ni par lourdeur ni par prétention, des moments rigolos avec des personnages masculins infantilisés mais sympathiques; et la silhouette floue de cette Élyse qui restera pour nous, malheureusement, une inconnue.

Jusqu’au 22 avril
À l’Espace Libre
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