Philippe Soldevila a signé avec Robert Bellefeuille et Marcia Babineau une pièce sur la quête des origines et de l’identité. Exils s’arrête à Montréal après une tournée en Europe et au Canada. Rencontre avec l’un des trois créateurs.

Créée à Moncton en mars 1999, la pièce Exils a depuis beaucoup voyagé: Limoges en France, Ottawa, Québec et maintenant Montréal, où elle sera à l’affiche du Théâtre d’Aujourd’hui, du 19 avril au 6 mai. Coproduite par trois compagnies représentant autant de provinces canadiennes, cette création est née d’une idée de Philippe Soldevila, un Québécois d’origine espagnole, directeur du Théâtre Sortie de Secours, à Québec. Pour ce faire, Soldevila s’est entouré de deux francophones hors Québec: Robert Bellefeuille, directeur du Théâtre de la Vieille 17 à Ottawa, et Marcia Babineau, directrice artistique du Théâtre de l’Escaouette de Moncton.
«Voilà quelques années, quand je suis allé travailler à Ottawa pour la première fois, j’ai connu un choc culturel, explique le metteur en scène, et auteur de la pièce avec Robert Bellefeuille. Plus tard, j’ai présenté Le miel est plus doux que le sang en Acadie, et j’ai eu un autre choc. Le simple fait de faire du théâtre en français, là-bas, est un geste d’affirmation identitaire. J’ai donc eu envie de parler du fait francophone en Amérique du Nord, et de la quête des origines, de l’identité, en plus de la notion de l’étranger. Je me suis rendu compte que Robert et Marcia avaient aussi le goût de faire un show sur ces mêmes questionnements.»
Les concepteurs ont donc imaginé l’histoire de «deux jumelles identiques séparées à la naissance (et ignorant leurs existences réciproques), qui partent à la recherche de leurs parents biologiques. À travers leur périple en Amérique du Nord, elles entrent en contact avec des personnages de différentes cultures francophones».
«En discutant avec Robert et Marcia, explique le coauteur, j’ai réalisé que l’Étranger n’est pas aussi éloigné qu’on le croit. Nous sommes tous l’étranger de quelqu’un d’autre. Et l’identité, souvent, est une mesure protectionniste.»
Exils aborde aussi nos rapports avec la nature et la culture amérindienne. Toutefois, Soldevila tient à préciser qu’Exils n’est pas une pièce à thèse: «C’est un spectacle très ludique et porté vers le plaisir. On ne s’arrache pas la tête avec nos questions sur la quête de l’identité et l’héritage culturel. On a aussi évité de tomber dans la politique ou la question nationale. C’est un exutoire, une espèce d’allégorie dans le registre de l’humour.»

Import-export
Exils a connu une bonne presse à l’étranger. Le critique d’un quotidien du Limousin a déclaré que le spectacle représentait «une heure quarante-cinq de bonheur»! Rien de moins. Télérama l’a qualifié de «bonne surprise» du festival des Francophonies de Limoges. L’hebdo a même été jusqu’à affirmer que Soldevila était «le metteur en scène le plus à même de marcher sur les brisées de Robert Lepage».
La comparaison n’étonne pas. Soldevila a été, pendant quelques années, l’assistant du créateur de La Géométrie des miracles. «Les références à Lepage sont visibles dans Exils, reconnaît-il. Pour plusieurs raisons: la thématique abordée, l’errance des personnages, les multiples lieux, etc. Mais aussi pour la simple raison que Lepage m’a ouvert les portes du théâtre quand j’ai travaillé avec lui sur La Trilogie des dragons. C’est mon père spirituel. Et je ne dois pas être le seul: Robert Lepage a fait école au Québec et ailleurs.»
Philippe Soldevila a aussi, tout comme Robert Bellefeuille, une façon de créer qui rappelle la manière Lepage. «Robert Bellefeuille se définit comme un auteur qui écrit debout! Pour ma part, je me considère comme un metteur en scène qui rédige plutôt que comme un Auteur avec un grand A. Les textes de mes productions avec Sortie de Secours sont d’ailleurs rarement publiés. Pour moi, l’important, c’est le processus de création scénique, ainsi que la rencontre avec les acteurs.»
Parlant d’acteurs, la distribution comprend Annie et France LaRochelle (deux vraies jumelles), Robert Bellefeuille, Ginette Chevalier, Diane Losier, Éloi Savoie, et Marcel Aymar, qui compose également la musique du spectacle. L’éqipe de production est formée de concepteurs provenant des trois provinces canadiennes.

Du 19 avril au 6 mai
Au Théâtre d’Aujourd’hui
Voir calendrier Théâtre

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