Avec Familles made in USA, le Théâtre de l’Opsis nous expose à trois univers contrastés mais qui présentent des parentés.

Pour prolonger le Cycle états-unien du Théâtre de l’Opsis, Luce Pelletier a choisi de juxtaposer trois pièces de jeunes auteures. Au menu de Familles made in USA: un voyage initiatique, une comédie noire et un drame domestique. Trois oeuvres qui empruntent des voies diverses pour disséquer un seul et même objet informe, souvent détraqué, parfois navrant, mais toujours fondamental, irremplaçable: la famille nord-américaine.

Dans Ruines, Sheila Callaghan aborde la relation entre une mère et sa fille, toutes deux traumatisées par la mort accidentelle du père. Incarnée par Marie-Chantal Perron, de manière souvent convaincante, la mère laisse sa maison, comme la relation qu’elle entretient avec son adolescente, se détériorer. Grâce aux réconfortantes apparitions de Justin Timberlake et Harrison Ford, mais surtout grâce à une explosion qui aurait pu être fatale, les deux personnages vont finir par reprendre contact. Ce qui fait l’originalité de cette pièce, c’est la maison. À la manière d’un choeur grec, commentant l’action, jetant un éclairage historique sur la situation, Philippe Cousineau incarne ladite demeure. Malheureusement, Jean Gaudreau, dont c’est la première mise en scène, a entraîné l’acteur dans un registre grave qui éteint l’humour et l’ironie des monologues. De manière générale, une direction d’acteur plus serrée aurait tiré davantage du texte de Callaghan. Soulignons tout de même la performance d’Isabelle Miquelon. Dans les talons hauts de Barbara, la grande soeur névrosée, la comédienne (qu’on ne voit franchement pas assez au théâtre par les temps qui courent) exprime toute la drôlerie et la détresse de son personnage.

Dans Une maison propre, sans contredit le noyau dur de cette trilogie, Sarah Ruhl aborde plusieurs sujets: l’immigration, le véritable amour, les effets salutaires du rire, la maladie… Légère mais diablement sensible et intelligente, cette pièce est de celles qui pourraient, en saison estivale, ravir les spectateurs les plus exigeants. Défendue par un exceptionnel quatuor de comédiennes et mise en scène par Martin Faucher avec beaucoup de rythme et une utilisation inventive de l’espace, cette portion est de loin la plus concluante du trio. Patricia Nolin, Monique Spaziani, Hélène Mercier et Émilie Bibeau incarnent des femmes attachantes, d’une folle humanité. Ce cher Almodovar ne les renierait sûrement pas.

Dans Anna Bella Eema, Lisa D’Amour s’intéresse au destin d’une femme et de sa fille, cloîtrées dans une roulotte dont on veut les expulser. OEuvre musicale, chorale, pleine de bruits et de mythologies, de grandes et de petites souffrances, elle dévoile sans nul doute la famille la plus singulière des trois. Certains, allergiques aux contes et légendes, pourraient dire que le voyage est aride. Pourtant, sans quitter leurs chaises, dirigées avec minutie par Luce Pelletier, Louise Cardinal, Pascale Montreuil et France Parent arrivent à en faire beaucoup. La première trouve un vrai beau rôle, la deuxième irrigue la représentation de sa voix et de son énergie uniques et la troisième illumine la scène de son irrésistible sourire.

En somme, si les trois spectacles de Familles made in USA ne sont pas tous aussi concluants, ils sont tous éclairants. On peut d’ores et déjà prédire que cette judicieuse juxtaposition, pleine de contrastes et de recoupements, sera l’un des temps forts du Cycle états-unien.

Jusqu’au 23 février
À Espace Libre
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