Ces jours-ci, sous la houlette de Louise Marleau, la comédienne Catherine Bégin se glisse dans la peau de Madame Rosa, l’héroïne de La Vie devant soi, l’un des chefs-d’oeuvre de Romain Gary.

Le rôle de Madame Rosa, cette vieille juive souffrante qui élève et aime de tout son coeur des enfants perdus, Louise Marleau l’a tout naturellement offert à Catherine Bégin. Avec sa voix profonde et autoritaire, son regard perçant et son irrésistible franc-parler, la comédienne semble en effet taillée sur mesure pour ce personnage d’ex-prostituée aimante et exubérante.

Dès les premiers balbutiements du projet, les deux femmes ont senti que les mots de Romain Gary allaient leur faire vivre un mémorable automne théâtral. Et quand Bégin s’enthousiasme, elle ne mâche pas ses mots. "C’est un véritable cadeau pour une comédienne. Je l’aime d’amour ce roman, c’est d’une impitoyable humanité, j’en suis bouleversée à chaque répétition."

Est-ce utile de rappeler que, tout comme la comédienne, la planète entière est tombée sous le charme de ce roman écrit du point de vue d’un enfant musulman, rafraîchissant d’humour et de tendresse, et qui a valu à son auteur le prix Goncourt en 1975 (pour la seconde fois d’ailleurs, mais c’est une autre histoire). On connaît la suite: il y eut une adaptation cinématographique, marquée par l’interprétation magistrale de la comédienne française Simone Signoret, mais jamais on n’avait songé à porter l’histoire de Momo et Madame Rosa à la scène.

Jusqu’à ce que, l’an dernier, toujours en France, l’auteur et comédien Xavier Jaillard décide de s’y attaquer et signe une adaptation encensée par la critique. Marleau, qui a vu la production française "sans y prendre un plaisir fou", précise-t-elle, a tout de même senti l’appel. "J’ai été enchantée d’y retrouver l’univers du roman, le quartier parisien de Belleville, que l’on sent derrière chaque réplique, mais aussi par tout ce discours sur les races, présenté de manière attendrissante et ludique. Le texte est politique de par lui-même, sans insister, et c’est une dimension que j’avais envie de travailler."

Laconique, Bégin ajoute qu’en tant qu’interprète, la politique, ce n’est pas sa tasse de thé. "Mais cette pièce parle d’espoir, dit-elle. C’est un texte très riche, qui traite à la fois de l’enfance et de la vieillesse, qui raconte avec lucidité l’histoire de deux êtres qui prennent des chemins parallèles même s’ils sont aux deux opposés de la vie." Et Madame Rosa, une femme malade et faible aujourd’hui, mais jadis forte et combattante, offre à l’actrice un défi de taille, celui de jouer la déchéance physique du personnage sans que ne disparaissent sa force et son autorité. "Sa déchéance va et vient, il n’y a pas de progression chronologique de la maladie, elle a des scènes fortes suivies de scènes de faiblesse totale, il faut jouer sur plusieurs niveaux et c’est là que se trouve l’essentiel de mon travail."

À ses côtés, outre les comédiens Pascal Rollin et Alejandro Moran, il y a un jeune acteur d’à peine 14 ans, Aliocha Schneider (qui était de la distribution de La Promesse de l’aube, un autre Gary, à l’Espace Go, en janvier 2006), qu’elle trouve tout simplement "éblouissant". Même si elle avoue ne pas l’avoir trop complimenté en répétition, "pour ne pas qu’il s’enfle la tête", Bégin confie qu’elle est subjuguée par le talent de son partenaire, mais aussi par son ardeur au travail et sa conscience dramaturgique très aiguisée pour son âge. "Je crois aussi qu’il arrive à jouer ce personnage très profond parce qu’il n’a pas encore perdu son coeur d’enfant. L’enfant comprend le mystère du théâtre bien mieux que plusieurs comédiens d’âge mûr." Sages paroles.


Partagez cette page

+ SUR LE MÊME SUJET : , , , , , ,

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel