En théâtre, dans la Métropole, l’année 2008 a offert beauté et déception, quintessence et banalité, répétition et renouveau. Autrement dit, de quoi garder l’oeil et le coeur bien ouverts, de quoi s’émerveiller tout en conservant son esprit critique bien aiguisé.

Cette année, le Théâtre de Quat’Sous a été démoli, mais, pour des raisons administratives, n’a toujours pas été reconstruit. Le Théâtre d’Aujourd’hui a eu 40 ans, la LNI et le Théâtre PàP, 30 ans, les Productions Nathalie Derome, 20 ans, et Absolu Théâtre, 10 ans. La Centrale est demeurée… une excellente idée. Et les résolutions des États généraux… des résolutions. La revue Jeu a osé le premier Dictionnaire des artistes du théâtre québécois. Robert Lepage a eu l’honneur d’écrire le Message international de la Journée mondiale du théâtre. Après des années d’agonie, l’Académie québécoise du théâtre – l’organisation qui supervisait la Soirée des Masques – a officiellement cessé d’exister. Jean Herbiet, deuxième directeur artistique du Théâtre français du Centre national des Arts, est décédé, ainsi qu’Éric Belley, concepteur d’éclairages, scénographe et directeur technique, et Amulette Garneau, une comédienne attachante et talentueuse qui avait maintes fois joué Tremblay.

DES RECOMPENSES

Au rayon des prix, l’Association québécoise des critiques de théâtre a remis les siens à Marie Stuart (Théâtre du Rideau Vert), Cyrano de Bergerac (Théâtre du Trident), Assoiffés (Théâtre Le Clou) et The Baroness and the Pig (Imago Theatre). Le Prix littéraire du Gouverneur général, dans la catégorie Théâtre francophone, a été remis à Jennifer Tremblay pour La Liste, une pièce publiée aux Éditions de la Bagnole. Et Daniel Danis a remporté le premier prix Louise-LaHaye pour le théâtre jeune public grâce à sa pièce Kiwi.

DES PROTESTATIONS

En août dernier, le milieu théâtral s’est fortement mobilisé pour protester contre les coupures réalisées par le gouvernement conservateur dans les programmes qui permettent à nos artistes de rayonner à l’étranger. Gageons qu’il faudra l’an prochain encore rappeler à nos élus que l’art tient un rôle crucial dans nos vies, que le théâtre est une mine de sens, un inestimable lieu de réunion et de remise en question. Il faudra leur dire aussi que, contrairement à ce que plusieurs affirment, l’art n’est pas seulement utile en période de crise économique!

DES UNIVERS HORS DE L’ORDINAIRE

Parmi les spectacles dont la singularité nous a ravi, il faut nommer À présent, une pièce troublante de Catherine-Anne Toupin; Familles (made in USA), un triptyque joyeusement contrasté; La Société de Métis, un Normand Chaurette dont Joël Beddows a bien compris les rouages; Autobahn, une suite de huis clos automobiles avec lesquels Martin Faucher nous a entraînés dans les vertigineuses failles de l’Amérique; Seuls, un solo inoubliable de Wajdi Mouawad; et Abraham Lincoln va au théâtre, une pièce maîtresse de Larry Tremblay mise en scène par Claude Poissant.

DES INTERPRETATIONS MEMORABLES

Il y a des jumelages d’un rôle et d’un acteur qu’on ne peut s’empêcher de comparer à des rencontres. C’est le cas de Marie-Thérèse Fortin et Elizabeth 1re (Elizabeth, roi d’Angleterre), Christiane Pasquier et Martha von Geschwitz (Ce qui meurt en dernier), Benoît McGinnis et François Bernardin (Le Fou de Dieu), Annick Bergeron et Emma (Toutefemme), Benoît Landry et Murdoch (Assoiffés), Michel Mongeau et le vieil homme au coeur d’Endormi(e), Andrée Lachapelle et Winnie (Oh les beaux jours), Étienne Pilon et le personnage-titre de Bob, sans oublier Alexis Martin, bouleversant dans les habits du caporal Lortie.

LES CREATEURS EN VISITE

Accueillir des créateurs étrangers est toujours bénéfique, ne serait-ce que pour ouvrir nos horizons, révéler nos forces et admettre nos faiblesses. Le 2e Festival TransAmériques nous a permis de goûter au travail de Gianina Carbunariu, mais surtout d’Enrique Diaz et Dimiter Gotscheff. À l’Usine C, Claude Régy est venu nous méduser (dans le meilleur sens du terme). Grâce au TNM, on a eu droit au mythique Arlecchino du Piccolo Teatro. Le Festival Juste pour rire nous a offert Le Malade imaginaire de la Comédie-Française. Mais la plus belle visite de cette année, c’est sans nul doute celle du Français Joël Pommerat. Avec Cet enfant et Le Petit Chaperon rouge, les membres de la Compagnie Louis Brouillard nous ont laissé des émotions et des images qui ne sont pas près de nous quitter.

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TOP 5 THÉÂTRE

1. ABRAHAM LINCOLN VA AU THEATRE

Pour célébrer les 30 ans du Théâtre PÀP, on ne pouvait imaginer mieux que cette collaboration entre Larry Tremblay et Claude Poissant, une architecture vertigineuse de réalités fuyantes.

2. CE QUI MEURT EN DERNIER

Avec la pièce de Normand Chaurette, la comédienne Christiane Pasquier et le directeur de la compagnie Ubu Denis Marleau ont orchestré un objet fascinant, un vrai moment de grâce.

3. CET ENFANT

Avec des acteurs hors pair, une impressionnante utilisation de la lumière et des mots lourds de sens, le Français Joël Pommerat a fait souffler sur le milieu théâtral montréalais un vent de fraîcheur. On a déjà hâte qu’il revienne.

4. LORTIE

Avec ce spectacle, Pierre Lefebvre, Daniel Brière et Alexis Martin ont su dévoiler les multiples ramifications de ce que l’on croyait être un fait divers, mais qui, en fin de compte, pourrait bien être un mythe des temps modernes.

5. SEULS

Avec cette courageuse introspection, une transe cathartique qui fascine, Wajdi Mouawad a prouvé qu’il était un artiste d’exception, de ceux qui nous apprennent à ne jamais faire les choses à moitié.

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