Le metteur en scène Geoffrey Gaquère aborde le nouveau texte de Fanny Britt, Hôtel Pacifique, dans un registre plus intimiste que dénonciateur.

Avec cette pièce qui mélange, sur fond de visite présidentielle, les destins de trois couples au bord du précipice, le tout nouveau Théâtre Debout voulait crier son engagement. Le spectacle contient bien sûr des traces de colère, mais propose plutôt une réflexion intimiste sur les difficultés de la vie à deux, et ce, dans une langue bien moins incisive que ne le faisait Couche avec moi (c’est l’hiver), une précédente pièce de Fanny Britt. Hôtel Pacifique est loin d’être aussi virulent que souhaité, mais ce n’est peut-être pas plus mal, car il s’y déploie quand même beaucoup de sens.

Il y a Claire (Monique Spaziani) et Paul (Benoît Dagenais), le vieux couple portant en lui le poids des années. Ici, Britt met de l’avant les ressorts psychologiques: blessures du passé, espoirs et résignations tranquilles se bousculent – des nuances particulièrement bien rendues par Spaziani. Il y a aussi Rachel (Johanne Haberlin) et Lou (Patrick Hivon), le couple impossible. Elle veut vivre l’engagement et se fondre à l’univers de son homme; il cherche à retrouver la foi. Hivon compose ici un juif loubavitch taciturne et triste, aussi crédible que touchant. Et puis il y a Max (François Bernier, en ado attardé peu subtil) et Mia (Madeleine Péloquin, très juste), le jeune couple aux rêves hollywoodiens. C’est par eux que la critique sociale s’articule le mieux: ils sont le portrait désespérant d’une génération surmédiatisée.

La mise en scène témoigne d’ailleurs mieux des conséquences néfastes de l’hyper-médiatisation qu’elle ne tisse des parallèles entre la déchéance du couple et l’inertie politique. Comme dans une téléréalité (mais sans les scénarios préétablis), le spectateur adopte la posture du voyeur et s’insère dans l’intimité des chambres d’hôtel. L’éclairage est sombre, les silences ne sont pas camouflés, l’ambiance est à la confidence et à la mise à nu.

Les trois couples évoluent dans le même décor, eux aussi voyeurs du couple voisin, connectés d’une manière ou d’une autre, ce que la mise en scène suggère par de très jolies mais trop rares intrusions des couples dans l’univers des autres. La télé, rassembleuse, n’est jamais bien loin et lance crûment son contenu devant les personnages tétanisés. Image forte sur laquelle le spectacle insiste davantage que sur la visite présidentielle en arrière-plan, qui apparaît plus anecdotique que signifiante.

Chambres avec vue Critique par Voir - . Cote: 3

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