Le metteur en scène Jean-Marie Papapietro renoue avec le riche univers de Robert Pinget. Théo ou Le temps neuf allie avec beaucoup de finesse humour et tendresse.

Robert Pinget, écrivain français d’origine suisse, est décédé en 1997. Il a laissé de nombreux récits, romans et pièces de théâtre, pour la plupart publiés aux Éditions de Minuit. Moins connu que Sarraute ou Beckett, il appartient pourtant au même mouvement, celui du nouveau roman. En 2002, Jean-Marie Papapietro, directeur artistique du Théâtre de Fortune, une compagnie tout entière vouée aux grandes voix de la littérature contemporaine, montait Abel et Bela avec Gaétan Nadeau et Denis Gravereaux. Un spectacle dont on a dit le plus grand bien. Ces jours-ci, pour notre plus grand bonheur, le metteur en scène retrouve l’auteur.

En 1991, six ans avant de mourir et encore dévasté par la mort de sa mère, Pinget publie Théo ou Le temps neuf, un récit sur la vieillesse et l’imminence de la mort, un texte que Papapietro considère comme prédisposé au théâtre. "Tous les textes de Pinget, même quand ils ne sont pas vraiment conçus pour la scène, suscitent en moi un désir de théâtre, explique le créateur. À l’intérieur même de ses récits, il y a toujours des interpellations, des dialogues, une écriture naturellement dramatique. Cette fois, nous avons affaire à un dialogue entre un vieil écrivain et un enfant, un dialogue qui ne cesse de se développer, de se complexifier."

Théo ou Le temps neuf, c’est la rencontre déterminante d’un vieil écrivain acharné (Paul Savoie), un homme qui perd la mémoire, le sommeil et la santé, et de Théo (Christophe Rapin), un enfant pas du tout naïf, un neveu qu’on dirait chargé d’une mission. Pour simplifier la trame du récit, le metteur en scène a articulé la représentation autour d’une crise, un sommet d’où l’action bascule. "Dans la première partie, les dialogues sont beaucoup plus brisés, interrompus par les monologues de l’écrivain. La tension monte. Dans la seconde partie, le vieillard est amené à dépasser cet état de crise par des dialogues plus accomplis avec l’enfant. C’est le moment de "dire" moins et d’"être" plus, de rompre avec le passé pour s’ancrer dans le "temps neuf"."

Autour de l’écrivain et de Théo, on trouve deux personnages savoureux, Marie (Claire Gagnon) et Yohann (Roch Aubert), la bonne et le jardinier. "Ils ont plusieurs rôles, affirme Papapietro. C’est ce qu’on appelle au théâtre des utilités, des emplois convenus, d’ailleurs on ne peut plus théâtraux, des personnages accessoires, mais dans ce cas-ci très présents parce qu’ils font partie de l’intimité de l’écrivain. Sur le plan humain, ce sont des présences très chaleureuses. Le vieillard, la cuisinière, le jardinier et l’enfant… ça me fait beaucoup penser aux contes de Rohmer. Au fond, le récit de Pinget est une fable."

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UNE HISTOIRE DE TRANSMISSION

Il y a donc, malgré les sujets graves qui la sous-tendent, beaucoup d’humour dans cette histoire, beaucoup d’esprit, mais aussi de tendresse. "Dans ces échanges, tout est toujours rattrapé par l’humour, estime le metteur en scène. Même les serviteurs, l’air de rien, ont le mot pour rire, le sens de l’ironie. À vrai dire, toute l’oeuvre de Pinget est humoristique, sarcastique. Cette fois, il y a très nettement de la tendresse. Plus que d’habitude. Il y a aussi de la conviction. Si j’ai bien compris, Pinget était croyant. Il avait hérité ça de sa mère. Ce n’est jamais didactique, mais on sent que le personnage de l’écrivain a des préoccupations spirituelles très marquées. Et puis les enfants, c’est connu, aiment bien nous entraîner sur le territoire de la métaphysique."
Mais justement, qui est donc cet enfant? "C’est l’enfant que l’écrivain a été, explique Papapietro. C’est l’enfant qu’on a tous en nous mais qu’on a plus ou moins assassiné. Un enfant qu’on retrouve en fin de vie, pour essayer de briser le naufrage de la vieillesse. En somme, c’est une histoire de transmission. L’enfant apprend du vieil homme, mais l’inverse est tout aussi vrai." La présence de cet enfant a quelque chose de surnaturel, d’onirique, de métaphorique en somme. On pourrait croire à une création de l’esprit. "Il faut en effet maintenir le spectateur dans un certain égarement, explique Papapietro. Ne pas lui laisser savoir très bien où est la réalité et où est la fiction. C’est ce qu’on a tenté de créer avec le décor et les éclairages."

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