Benoît Dagenais et Paul Savoie ont demandé à leur ami Robert Claing de leur écrire une pièce. Le résultat, Caravansérail, prend ces jours-ci l’affiche du Théâtre d’Aujourd’hui dans une mise en scène de Robert Bellefeuille.

Cofondateur et animateur du Nouveau Théâtre Expérimental et de l’Espace Libre jusqu’en 1988, Robert Claing est l’auteur d’une vingtaine de textes dramatiques. Depuis les années 90, ses pièces ont été assez peu montées. À la demande de ses amis de longue date, les comédiens Benoît Dagenais et Paul Savoie, âgés de 56 et 63 ans, l’homme a accepté d’écrire Caravansérail, un dialogue sur l’amitié, le vieillissement et les rêves, tout cela, bien entendu, conjugué au masculin.

"On avait très envie de travailler ensemble, Benoît et moi, explique Savoie. Alors, un soir, autour d’un verre, on a demandé à Robert de nous écrire une pièce. Pour notre plus grand bonheur, il a accepté. Il s’est d’abord inspiré d’un ouvrage de Flaubert, Bouvard et Pécuchet, un roman qui parle de deux hommes d’âge mûr, contrastés mais en même temps complémentaires, qui partent à la campagne pour tenter ensemble une aventure. Robert a suivi son modèle pendant un certain nombre de scènes, environ trois, puis il a bifurqué et complété la pièce avec trois autres scènes qui sont très loin du livre de Flaubert."

FAIRE RETRAITE

Les héros de Caravansérail s’appellent Benoît et Paul. Pour mettre en relief le caractère autobiographique de l’entreprise, on peut difficilement faire mieux. "Robert a pigé abondamment dans ce qu’il sait de nous, révèle Savoie, mais aussi dans sa propre vie. Il a fait un amalgame de fiction et de réalité." "Il n’y a pas de clé, ajoute Dagenais. On ne saura pas à qui appartient quoi. Robert a brassé tout ça. L’idée n’était pas d’écrire une biographie de nous deux."

Qu’est-ce que c’était alors, l’idée? Imaginer ce que les deux amis pourraient devenir à l’âge de la retraite? Dagenais nous éclaire: "Si le personnage est une projection de moi dans le futur, disons que j’espère que je serai un peu plus serein lorsque je prendrai ma retraite! Quand Benoît quitte son travail de professeur, il a l’impression que toutes les portes s’ouvrent à lui, mais il ne sait pas trop laquelle choisir. Puis, de passage en France, il rencontre Paul, sirote avec lui quelques bonnes bouteilles et se lie d’amitié. Cela redonne un sens à sa vie."

Ensemble, c’est-à-dire en unissant leurs deux solitudes, les amis vont en quelque sorte s’élever, aspirer à plus, à mieux. "Au départ, Paul est désenchanté, explique Savoie. Le métier de comédien ne le satisfait plus. Sa carrière lui a offert une succession de rôles, sans grande passion. En somme, il a toujours eu le sentiment de jouer et non de vivre. À un homme comme Benoît, qui se confie, qui est beaucoup plus proche de sa propre vie, Paul ne peut que proposer de former alliance." On peut dire sans exagérer que les deux hommes se reconnaissent.

PROJET COMMUN

De retour au Québec, Benoît et Paul décident de s’acheter une maison à la campagne, de s’engager dans un projet commun. "À ce moment-là, révèle Dagenais, ça se complique. Mon personnage se rend compte que remettre une ruine en état n’est pas tout à fait ce dont il avait rêvé. Il réalise qu’il s’est fait embarquer par Paul dans une aventure qui s’avère impossible." La maison est une riche métaphore, elle cristallise et révèle les aspirations du tandem, leurs mises au point, leurs bilans. L’aventure, périlleuse, semble déboucher sur un recommencement, une sorte de rédemption.

"Ce qui les sauve tous les deux, estime Dagenais, c’est qu’ils finissent par comprendre que la vie n’a pas de sens, sauf celui qu’on peut lui donner. Tout dépendant du regard qu’on porte sur ce que l’on vit, on peut trouver que c’est effrayant ou alors que c’est une sortie de secours. Ils décident alors de s’engager dans le rêve, la littérature et le jeu. Comme si l’art nous sauvait!" Gageons qu’il s’agit là du sens fondamental de la pièce.

Pour mettre en scène la partition "volontairement littéraire" de Robert Claing, les deux comédiens ont fait appel à Robert Bellefeuille. "C’est drôle, explique Savoie, parce qu’il se sentait engagé par nous. Il est en quelque sorte l’étranger qui s’ajoute au triangle initial. Cela dit, il a fait preuve de beaucoup de curiosité, d’une grande écoute. Il a offert un regard extérieur qui était essentiel. À vrai dire, on ne sait pas mieux que lui comment cet objet fonctionne. C’est un objet théâtral et c’est le rôle du metteur en scène de nous réunir là-dessus. Robert a fait un travail de fond, précis, mais avec beaucoup de discrétion, en mettant toujours la pièce de l’avant."

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