À la tête de la compagnie Ondinnok depuis un quart de siècle, Yves Sioui Durand plonge maintenant dans le théâtre rituel des Mayas avec Xajoj Tun Rabinal Achi.

Première compagnie de théâtre autochtone professionnelle au Québec, Ondinnok célèbre ses 25 ans d’existence. Yves Sioui Durand, directeur artistique, n’est pas peu fier de ce que ses collègues et lui ont accompli. "Je ne pensais jamais, quand on a commencé en 1985, qu’on ferait un parcours comme celui-là. C’est hors du commun. Nous avons persévéré, traversé plusieurs murs de feu, persisté à travers l’hyper-modernité et l’accélération de l’histoire. Je pense qu’on peut considérer ça comme un acte de résistance culturelle."

La situation historique des Amérindiens dans le contexte du Québec et du Canada, et plus vastement des Amériques, voilà ce qui constitue l’essence de la pratique d’Ondinnok. "Ça touche le coeur identitaire du Québec, estime Sioui Durand, son histoire profonde, le rapport commun à un espace territorial extraordinaire. Ondinnok est encore l’unique fenêtre, dans un art de création, un art vivant, où le citoyen peut venir en contact intime avec la psyché, la culture, l’histoire et la personnalité des autochtones."

Pour prolonger son mandat tout en explorant des voies nouvelles, Sioui Durand et son équipe ont choisi de revisiter le Rabinal Achi, un drame rituel de théâtre dansé, préservé et gardé vivant depuis la conquête espagnole du Guatemala en 1547. Le spectacle, coproduit par Présence autochtone, est une grande entreprise pour Ondinnok. "C’est dans la continuité de ce qu’on a fait jusqu’ici, mais avec un défi additionnel. Pour moi, le théâtre doit toujours être une tentative, un idéal, un dépassement ou une transformation. Qui, à Montréal, ose, par le théâtre, déjouer les frontières politiques et culturelles?"

Transmis d’abord oralement, le Rabinal Achi fut transcrit une première fois en français vers 1862, puis en espagnol, puis à nouveau en français en 1994 à partir du texte original. En 2005, l’oeuvre, ni plus ni moins qu’un fragment du grand théâtre précolombien, un vestige du théâtre rituel de l’époque classique de la culture maya ayant résisté à l’anéantissement, a été classée Patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO. L’intrigue s’ancre dans un procès, celui de Kaweq Kiché, un guerrier rebelle qui a trahi l’ordre social. Ses actes lui seront reprochés un à un. Autour, on trouve la cour du seigneur Job Toj, la reine Ixoc Ahau, la princesse, la mère du Quetzal et le guerrier de Rabinal.

"On est devant un théâtre de la cruauté, lance Sioui Durand. Un théâtre qui a une fonction sacrée parce qu’il se conclut dans le réel. C’est-à-dire que la sentence, l’exécution, est toujours, ici comme dans n’importe quelle civilisation, celle du meurtre collectif. Bien qu’on soit dans un contexte de codes guerriers, on a d’abord et avant tout affaire à une parole, une parole qui vient jusqu’à nous, un objet théâtral inédit, d’une grande humanité et qui s’apparente à la tragédie grecque tout en la précédant."

Alliant le théâtre et la danse, le français, l’anglais, l’espagnol et le maya, la représentation sera différente chaque soir, en partie improvisée par une douzaine d’interprètes. Originaires du Chili, de la Bolivie, de l’Équateur, du Guatemala, du Mexique et du Québec, les comédiens et danseurs se laisseront inspirer par les pierres, les os, les masques, les costumes, la musique, la lumière et les mots. "Si tout se passe bien, explique Sioui Durand, nous devrions avoir parmi nous Jose Leon Coloch Garniga et son fils, venus de San Pablo Rabinal au Guatemala. Ce sont les derniers héritiers du drame précolombien maya, de véritables survivants."

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