Bigger Than Jesus permet à Rick Miller de régler quelques comptes avec Dieu et les hommes.

Né à Montréal, aujourd’hui établi à Toronto, Rick Miller est un fidèle collaborateur de Robert Lepage. Dans Lipsynch, toujours en tournée à travers le monde, le comédien démontre l’étendue de son talent. Depuis sept ans, lorsque son emploi du temps le lui permet, l’homme offre, au Canada, mais aussi aux États-Unis, en Allemagne et en Italie, quelques représentations de Bigger Than Jesus, un solo dans lequel, pourrait-on dire, l’artiste se démultiplie pour régler des comptes avec la religion catholique, mais surtout avec les hommes qui détournent les Saintes Écritures, se les approprient, souvent pour servir leurs propres intérêts. "Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur", ça vous dit quelque chose?

Le spectacle, présenté cette fois dans un mélange d’anglais et de français, s’appuie sur une utilisation inventive de la langue, multiplie les clins d’oeil à l’actualité, met en évidence le talent de Miller, son charisme, mais aussi son sens inné du stand-up. Devant un écran qui renvoie des images souvent captées en direct, des personnages hauts en couleur, toujours à un cheveu de la caricature, se succèdent. Histoire de rétablir quelques faits, un professeur remonte aux origines, revient sur des événements que les années et les témoignages, souvent contradictoires, ont rendus difficiles à interpréter. Les Évangiles seraient-ils des histoires séduisantes et bien menées?

Pour faire valoir ses idées, un prédicateur particulièrement survolté va jusqu’à déboutonner sa chemise et embrasser goulûment l’un de ses fidèles. Sur les ailes d’Air Jésus, un agent de bord extralucide reçoit les confessions de passagers sur le point de trouver la mort dans un écrasement. Mais le moment le plus irrésistiblement irrévérencieux du spectacle, c’est celui où la Cène est recréée. Pour son dernier repas, un Jésus en plastique reçoit quelques figurines. Darth Vader et Luke Skywalker côtoient Gandhi, Homer Simpson et John Lennon. On est déjà hilare quand Miller fait culminer la parodie en entonnant avec conviction un air à la Jesus Christ Superstar. S’il est toujours truffé d’ironie, le monologue final, livré sur la croix, est plus poignant que le reste. "Use me, abuse me. Utilisez mon nom, mon image, mon logo corporatif pour justifier votre cause. Abusez-en. Il n’y a pas de problème de droits d’auteur. Je suis dans le domaine public."

S’il y a indéniablement des idées qui sous-tendent le solo, une stimulante réflexion, un scepticisme inspirant, un rationalisme ouvert, un esprit critique qui fait défaut à plusieurs de nos contemporains, il reste que la messe vidéographique mise en scène par Daniel Brooks est avant tout une source de divertissement. En incarnant une poignée d’hommes qui se prennent pour Jésus, qui croient que ce dernier parle à travers eux, Miller balance, non sans audace, quelques pointes bien senties, déboulonne certaines idées reçues, brise divers tabous, mais il fait surtout rire et sourire. Reste à souhaiter que le solo soit étoffé, approfondi, nourri. Il le mérite.

Divine comédie Critique par Voir - . Cote: 3

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