Robert Marien incarne l’autoritaire et séduisant capitaine von Trapp et Florie Gauthier-Valiquette, la belle et rebelle Maria dans La Mélodie du bonheur. Rencontre.

Cette relecture de La Mélodie du bonheur par Denise Filiatrault (mise en scène), Yves Morin (adaptation) et Pierre Benoît (direction musicale), à l’occasion du Festival Juste pour rire, donne la possibilité à un interprète chevronné de croiser le fer avec une nouvelle venue. Si quelques années les séparent, le talent les réunit.

Comédien de formation, Robert Marien a beaucoup joué au théâtre et à la télévision avant de passer, tout naturellement et avec une disposition incontestable, à la comédie musicale, un genre qu’il défend aujourd’hui avec une ferveur peu commune. D’ailleurs, l’homme achève présentement avec Benoît L’Herbier l’écriture du Petit Roy, une comédie musicale créée à partir des chansons de Jean-Pierre Ferland qu’on devrait retrouver sur scène début 2011. Quant à Florie Gauthier-Valiquette, formée en chant classique, jeune et pleine de promesses, elle semble très heureuse de tenir un premier rôle dans une comédie musicale de cette envergure.

Pour la plupart des gens, La Mélodie du bonheur, c’est un film, celui que Robert Wise a réalisé en 1965 à partir de la comédie musicale de Richard Rodgers et Oscar Hammerstein II, elle-même créée à Broadway en 1959. "Ce film, explique Gauthier-Valiquette, je l’ai écouté de très nombreuses fois. Il a bercé mon enfance. Quand j’ai commencé à prendre des cours de chant, à 8 ans, ma prof me faisait apprendre Do-Re-Mi et So Long, Farewell."

"Moi, lance Marien, c’est parmi les premiers films que j’ai vus au cinéma. En cinémascope. Je me souviens d’avoir été particulièrement impressionné quand Julie Andrews est apparue, au début, dans le champ. Il faut aussi dire que je suis l’aîné de six enfants: il en manquait juste un chez nous pour faire la famille von Trapp! Ce film me fait aussi penser à l’une de mes profs d’anglais. Elle tripait sur The Sound of Music. Si bien que pendant deux ans, en 5e et 6e année, elle nous a fait chanter presque toutes les chansons."

Maria et Georg

Maria est une femme en inadéquation avec son époque. Que ce soit au couvent ou chez les von Trapp, on la juge frivole, indisciplinée, insoumise. "Elle est contestataire, estime celle qui l’incarne. Je dirais même avant-gardiste. Elle répond au capitaine. Ça n’a l’air de rien, mais pour l’époque, c’était assez audacieux. Maria, c’est un coeur pur. Elle est attachante, vraie, honnête. Pour la jouer, je puise en moi, je tente de retrouver ma joie de vivre de petite fille."

Au début du spectacle, Georg, le capitaine von Trapp, veuf, père de sept enfants, est un homme brisé par la mort de sa femme. "C’est un personnage terre à terre, explique Marien. Il est bien frette, bien net. Depuis la mort de sa femme, c’est un homme asséché. C’est la musique, cette sensibilité, cette respiration, qui va dénouer la situation, lui rappeler les joies d’autrefois. Maria, parce qu’elle chante, parce qu’elle est folle de musique, est la bouffée d’air frais dans ce contexte très austère."

En effet, La Mélodie du bonheur n’est pas tout à fait une comédie musicale légère. "On oublie souvent, explique Marien, que l’histoire se déroule en pleine montée du nazisme. Je pense que c’est en partie à cause des enfants. Dès qu’on les voit, on se dit qu’ils sont beaux, qu’ils sont l’avenir, qu’il y a encore de l’espoir. En même temps, ils auraient pu mal tourner. Si Maria n’était pas apparue, Kurt et Friedrich auraient très bien pu se retrouver dans les jeunesses hitlériennes."

Monter, sur une période de trois mois, un spectacle avec 28 interprètes, dont une douzaine d’enfants, ce n’est pas une mince affaire. "Denise est vraiment dans l’action présente, explique Marien, dans ce qui se passe au moment où ça se passe. Elle nous parle rarement de ce qu’il y a en dessous. J’ai l’impression que ça va de soi pour elle. Il faut aussi dire qu’elle a beaucoup de chats à fouetter. Ce qui prime à ses yeux, c’est le rythme et la gestion des enfants. Et elle a raison, ce sont des éléments fondamentaux dans ce spectacle."

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Un genre en évolution
Selon Robert Marien, La Mélodie du bonheur s’inscrit dans une certaine tradition de la comédie musicale. "Ça me rappelle le théâtre inspiré de Brecht qu’on faisait quand je suis sorti de l’école, à la fin des années 70. On n’est pas encore dans l’intégration jeu-chant-danse, on n’est pas encore dans l’intégration jeu-chant, on est plutôt dans un théâtre avec chansons. Il y a un contexte, une situation qui se prête au chant, mais les chansons ne font pas avancer l’action. Elles sont des arrêts, elles servent à exprimer des états d’âme. Il n’y a pas de récitatifs, pas de dialogues chantés. À mon avis, au Québec, quand on saura bien écrire des récitatifs, ce qui est loin d’être facile, les chansons de nos comédies musicales vont prendre de la force."


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