Dirigés par le chorégraphe-interprète Ushio Amagatsu et invités par Danse Danse, les Japonais de Sankai Juku reviennent avec Hibiki, un succès vieux de 12 ans qu’une grosse communauté d’admirateurs attend avec impatience.

Des hommes au crâne rasé, le corps enduit de poudre blanche, généralement vêtus de longues robes aux couleurs terre. Une scénographie magnifique faite de sable, d’eau, de cendres et de sang. Une sorte de jardin zen caressé par des éclairages sophistiqués et balayé par les vents d’une musique organique qui accompagne les gestes tantôt lents et tantôt saccadés d’une danse hypnotique. Tels sont, grosso modo, les ingrédients des oeuvres que crée Ushio Amagatsu depuis qu’il a fondé Sankai Juku, "l’atelier de la montagne et de la mer". Leur durée et leur structure sont aussi toujours sensiblement les mêmes.

"Dans les années 70, mes pièces duraient à peu près une heure trente et depuis ce temps-là, ça revient toujours au même parce qu’elles sont toujours constituées de sept scènes, explique laconiquement le chorégraphe. Cela n’a rien d’une recette. C’est plutôt physiologique pour moi. Je n’ai pas vraiment décidé qu’il y aurait sept scènes, ça s’est imposé comme ça." Pourquoi Hibiki (Lointaine résonance) n’en comprend-elle que six entrecoupées de noirs en guise de transition? Nous ne le saurons pas. Le créateur bientôt sexagénaire s’est montré peu volubile lors de la trop courte entrevue livrée par téléphone via traductrice interposée. Or, il faudrait des heures pour plonger dans la pensée et dans l’oeuvre de cet homme qui s’ingénie depuis 35 ans à sortir la danse butô des ténèbres qui ont présidé à sa naissance pour la placer dans une perspective cosmogonique et célébrer à travers elle les arcanes du vivant.

À ce titre, Hibiki se veut une référence aux origines du monde. Cinq danseurs semblent y traduire la phylogenèse en mouvements, incarnant le caractère universel de ce qui relie les humains entre eux (d’où, sans doute, la résonance si forte de ces oeuvres auprès de publics en tous genres) et au reste des mondes animal, végétal et même minéral. En contrepoint, Amagatsu offre en solo l’image de la différence, symbole de la culture face à la nature, lesquelles, en s’équilibrant l’une l’autre, donnent à l’individu sa juste place dans l’univers.

"J’utilise souvent l’eau parce que c’est la source de la vie et le sable parce que c’est ce qu’on trouve quand on arrive à la fin de la vie", explique celui qui partage son temps entre Tokyo, où est basée sa compagnie, et le Théâtre de la Ville, à Paris, où toutes ses oeuvres sont produites depuis 1982. "C’est le contraste entre la vie et la mort. De plus, le sable change. Au départ, tout est vraiment très calme, et plus le temps passe, plus les danseurs laissent des traces de cette heure trente de danse. Le sable reçoit leur énergie et c’est ce changement qui est intéressant."

La danse d’Amagatsu est un dialogue avec la gravité et avec l’environnement qui est, selon lui, constitué d’air, de lumières, de couleurs, mais aussi de temps et d’espace. Elle se crée dans le silence, dans le lien vibratoire qui se tisse entre l’individu et l’univers. Un journaliste britannique a d’ailleurs très judicieusement affirmé qu’Amagatsu était à la biophysique ce que Pina Bausch était à la psychologie. Mais au-delà des mots et des raisonnements, sa danse est un objet de contemplation qui mène droit à l’extase quiconque veut bien s’y laisser prendre.

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