Avec Vassa, Alexandre Marine atteint un sommet dans l’art de faire cohabiter comique et tragique.

De Maxime Gorki, écrivain russe mort en 1936, on connaît bien Les Bas-fonds ou encore Les Estivants, mais un peu moins Vassa, le portrait d’une famille dont les membres s’aiment, mais surtout s’entre-déchirent avec une fougue peu commune. Grinçant à souhait, hachuré, violent et passionné, exprimant la condition humaine dans ce qu’elle a de terrible et de trivial, le texte traduit par Anne-Catherine Lebeau est une matière toute désignée pour Alexandre Marine.

Le créateur d’origine russe signe ici, sans l’ombre d’un doute, l’une de ses mises en scène les plus maîtrisées. Rarement, chez lui, le fond n’aura aussi bien épousé la forme. Chant et danse, musique omniprésente, ralentis oniriques et interprétations hautes en couleur; cette théâtralité exacerbée, si caractéristique des réalisations de Marine, donne aux personnages de Gorki un écrin à leur démesure. Le spectacle est un manège affolant, un ballet ininterrompu qui échappe au naturalisme et au psychologisme, une ronde galvanisante qui introduit de l’humour, de la légèreté et de la dérision dans les moindres recoins du drame aux accents tchékhoviens.

Dans le rôle de Vassa, une mère de famille impitoyable, prête à toutes les manigances pour protéger sa lignée et sauver son entreprise, Sylvie Drapeau est impeccable. Le personnage, ardent, tyrannique et même, en bout de course, accablé, demeure toujours lucide. Si bien qu’il entraîne la comédienne dans des territoires que Marie Stuart et Blanche Dubois ne lui ont pas permis d’explorer. Autour de Drapeau, une distribution en pleine forme impose des personnages tous en relief, des hommes et des femmes qui aspirent de manière féroce à une vie meilleure.

Certaines compositions méritent d’être soulignées. En Prokhor, l’oncle un peu fêlé, éleveur d’oiseaux, Jean-François Casabonne est irrésistible. Dans le rôle du fils infirme et trahi, Hubert Proulx est très convaincant. Roger Léger, qu’on retrouve avec bonheur au théâtre, est un redoutable intendant, particulièrement athlétique. Dans les habits de Semione, le fils mollasson, Marc Paquet est drôle et attendrissant. Il en va de même pour Geneviève Schmidt, qui joue sa femme, Natalia, avec une truculence peu commune, hilarante, mais aussi avec une justesse qui émeut.

Rêver mieux Critique par Voir - . Cote: 3.5

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