L’artiste multidisciplinaire Carole Nadeau, directrice artistique du Pont Bridge, s’offre un troisième spectacle solo, Le Mobile.

À la base de toutes les créations de Carole Nadeau – 13 à ce jour -, il y a non pas un texte, mais un principe scénographique jouant avec les perceptions et installant le rapport au spectateur dans la spatialité, afin de créer l’émotion. Dans Le Mobile, une coproduction du Pont Bridge et des Productions Recto-Verso, il s’agit d’un système de suspension rotatif et motorisé, dans lequel la comédienne fait office de mobile humain, entièrement harnachée, avec des contrepoids au niveau des pieds et de la tête.

"Il n’y a aucune volonté de performance physique, précise la comédienne. La suspension traduit l’état de coma, entre la vie et la mort, et fait écho à toutes les pertes de repères que l’on peut vivre dans différentes situations: deuil, perte d’emploi ou autre. L’apesanteur est une métaphore du déracinement." Le corps suspendu, oscillant, interagit avec des images vidéographiques créées en direct par Louis Hudon et projetées sur un écran en angle. L’environnement sonore est également créé en direct par Martine H. Crispo, tandis qu’un troisième larron, Steeve Dumais, coordonne la machinerie.

Tous sont présents sur scène et travaillent à ce que Nadeau nomme de "l’artisanat technologique". "La vidéo en direct humanise la machinerie scénographique et rend la proposition extrêmement ludique. Il y a une poésie générée par la simplicité des outils: coups de crayon, de pinceau, objets en plastique… Je veux inventer quelque chose qui soit sensible, cohérent et qui laisse des traces; la performance multidisciplinaire n’est pas une finalité."

Initialement baptisé Le Cirque du sommeil, le spectacle, alors en cours de création, avait été présenté au FTA 2009, dans le cadre de Microclimats, un parcours déambulatoire à travers une douzaine de projets artistiques. Trois résidences de travail plus tard, il ne reste plus grand-chose de cette première mouture. "Notre intention initiale était de faire un son et images parlant du rêve, dans lequel j’étais une sorte de marionnette tirée par des cordes. À travers nos étapes de travail, nous nous sommes rendu compte que la proposition s’épuisait. J’ai donc essayé d’ajouter des extraits de textes sur l’espace, le temps, la fragilité de la vie, mais là encore, le spectacle plafonnait, car le fond et la forme disaient la même chose."

"Pour éviter de tomber dans l’ésotérisme, il fallait aller en tension inverse de la scénographie et ajouter du concret. L’objet a en quelque sorte exigé une narrativité pour pouvoir s’épanouir, et j’ai écrit un texte très naturel, intime, pour défaire le formalisme." Le résultat, elle le qualifie de "thriller médico-western". En effet, l’histoire qui nous est racontée par bribes est celle d’une femme dans le coma à la suite d’un accident de voiture survenu lors d’un road trip au Texas. Mais était-ce bien un accident? On comprendra que le mot "mobile" a ici un double sens.

Grâce au travail par étapes, le spectacle a atteint une forme de finesse et d’achèvement dans la proposition. "Au théâtre, la vidéo est souvent décorative, explique Nadeau. Ici, elle est écriture et ne peut être retirée, sinon il n’y a plus de spectacle. Aucune discipline ne prend le dessus sur l’autre et chacune est essentielle. Toutes les sensibilités y trouvent leur compte et le spectacle est très accessible. Il est de l’ordre de l’expérience partagée."


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