Il est humoriste, réalisateur, acteur, metteur en scène. Mais devinez quoi? Il est Enfin libre. Michel Boujenah, l’humoriste, débarque avec son plus récent spectacle, éloge à la liberté et au lâcher-prise.

Dommage que notre entretien se déroule au téléphone, car Michel Boujenah a une gestuelle savoureuse et fiévreuse, qui donne à son humour une valeur ajoutée, et que les fréquences du réseau mobile ne peuvent transmettre. Et d’ailleurs, il trouve qu’on n’en parle pas assez. "Je suis méditerranéen, alors si on m’enlève mon corps, surtout mes mains, je ne peux plus parler. Si je ne suis pas physique, je ne me sens pas bien; c’est un instrument de mon humour."

"Prenez Rachid Badouri, que j’ai vu démarrer il y a quelques années chez vous. C’est fascinant, la manière dont il utilise son corps. Avant même de parler, il entre sur scène et il est déjà incroyablement présent et parlant. C’est vachement fort. Le corps est un outil énorme dans notre métier, et on a tendance à l’oublier. Les humoristes qui font du stand-up aujourd’hui, ils ne bougent plus, ils sont là à parler et à marcher de long en large, c’est dommage."

C’est peut-être parce qu’il est si bien dans son corps que Boujenah se sent Enfin libre (c’est le titre de son nouveau spectacle). Mais surtout parce qu’il s’est débarrassé de vieilles habitudes et a choisi de se présenter sur la scène tel qu’il est. Jouer ou non des personnages, c’est la grande question que se posent un tas d’humoristes à un moment ou un autre de leur carrière. Boujenah a répondu oui et non.

"Ma vraie personnalité est beaucoup plus présente que les personnages, cette fois. Le spectacle demeure très théâtral, mais je me suis délesté de la plupart des costumes et, même si je ne peux pas les éliminer complètement, la liberté, c’est aussi de pouvoir se présenter en tant que soi-même devant le monde. Je l’ai écrit de manière décontractée, en restant très près de moi, à tel point qu’au début j’ai cru que ce serait une catastrophe, je ne sentais pas que j’avais travaillé sur une véritable matière humoristique. Je ne savais pas où j’allais avec ça."

Finis, donc, ou presque, les numéros sur sa famille. Il parle des relations homme-femme, du racisme, de la difficulté d’être soi-même, des SDF. "J’improvise encore plus qu’avant et dans des conditions de fou furieux. Disons que ma folie naturelle ou potentielle est apparue avec plus de force. Avant j’étais fou, maintenant je suis complètement fou. Si je tombe soudainement sur une poésie que j’adore, je m’arrête de jouer et je récite le poème. La liberté, c’est me permettre d’être décousu et spontané, même si le spectacle est quand même très construit. J’essaie de rester cohérent et fou à la fois."

La folie, vraiment? Peut-être plutôt une ouverture à l’improvisation, à l’irrationnel, à l’instantané. "En rendant le public acteur du spectacle grâce à l’improvisation, je crois que je parviens à susciter chez les spectateurs une meilleure qualité d’écoute, à faire en sorte qu’il se sente partie intégrante du spectacle. Ils se disent: ce type est fou, il peut faire n’importe quoi à n’importe quel moment. Et soudain ils sont très alertes. C’est formidable." Un show pour les esprits vifs.


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