Benoît Brière trouve un rôle en or dans Le boss est mort, un solo inspiré des premiers monologues d’Yvon Deschamps.

Heureuse idée de réunir certains des premiers monologues d’Yvon Deschamps, ceux qui donnent la parole au "gars de la shop", ce Québécois né pour un petit pain, toujours prêt à se faire manger la laine sur le dos, et de les confier à un comédien de talent qui était pour ainsi dire prédestiné à les jouer.

Le premier tour de force de Benoît Brière est de nous faire oublier le grand Deschamps. Autrement dit de construire un personnage, de l’imposer, sans tabler sur les procédés du stand-up, d’un bout à l’autre de la représentation. À cet homme aux manières rustres, à l’esprit parfois étroit mais doté d’un grand coeur, un bouc émissaire emblématique de son époque et de sa société, on s’attache dès les premières minutes.

Avec sobriété, le metteur en scène Dominic Champagne a placé son antihéros au pied d’un escalier, dans une cour arrière surplombée d’étoiles et bercée par de poignantes notes de piano. Les confessions du personnage sont un mélange de souvenirs d’enfance réconfortants et de réflexions faussement naïves sur sa terrible condition actuelle. Il aborde le couple, la sexualité, le travail et la langue, les rapports de pouvoir, les écarts de richesse, le syndicalisme, l’éducation des enfants et même l’avènement de la télévision par câble.

Mais le véritable sujet, celui qui traverse tout le spectacle, c’est le bonheur. Ce bonheur qu’on tente tant bien que mal de goûter avant que la Faucheuse ne surgisse cruellement au détour pour nous ravir ceux qu’on aime. Ainsi le décès de ce fameux patron idéalisé, une figure paternelle parmi plusieurs autres, sert de déclencheur et de colonne vertébrale au spectacle.

Bien entendu, les mots de Deschamps ne sont plus aussi subversifs qu’ils pouvaient l’être il y a 40 ans, plus aussi irrévérencieux. Pourtant, quelque chose d’universel a traversé les années, quelque chose qui a à voir avec la condition humaine passe toujours la rampe et bouleversera ceux qui ont connu ce Québec aussi bien que ceux qui ne peuvent même pas l’imaginer.

C’est que le portrait est juste, authentique, drôle, bien entendu, mais surtout fort émouvant. Impossible d’être insensible au désespoir de cet homme. Il faut dire que Brière insuffle à son personnage toutes les nuances qui s’imposent. Pour croiser comique et tragique, on l’a vu dans Hosanna au TNM, le comédien n’a pas son pareil. Cette fois, grâce à lui, la tendresse et la nostalgie rencontrent tout naturellement l’ironie et la satire.

S’il fallait trouver un défaut à ce spectacle qui, c’est certain, n’a pas fini de réjouir aux quatre coins de la province, ce serait sa durée: 2 h 20. En retirant l’entracte et quelques passages plus cabotins en seconde partie, on rendrait la soirée encore plus formidable.

www.lebossestmort.com

Grand départ Critique par - 2011-03-03
Cote: 3


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