Avec Manhattan Medea, transposition contemporaine du mythe par l’Allemande Dea Loher, Denise Guilbault signe un spectacle peu inspiré.

Une femme libre, insoumise, d’une colère ravageuse, légendaire, capable de tout donner et de tout reprendre. Une étrangère, une magicienne, une barbare, une exilée, une apatride, une mère, une amante et une amoureuse. Médée est beaucoup de choses à la fois. À vrai dire, elle cristallise nos contradictions. C’est ce qui la rend si inspirante, fait de son destin une source inépuisable, un objet de fascination. Dans Manhattan Medea, la dramaturge allemande Dea Loher se sert du mythe pour fouiller l’envers du rêve américain. Le portrait, ombragé mais aussi, par endroits, lumineux, a dû plaire à Denise Guilbault, suffisamment en tout cas pour qu’elle le mette en scène.

On se réjouit qu’un texte de cette auteure célébrée de par le monde soit enfin monté chez nous. La transposition des aventures de Médée et Jason est plutôt adroite. Pour aborder l’immigration et le pouvoir malsain que procure l’argent dans la Grosse Pomme, la vie sans espoir des clandestins, la misère des citoyens de seconde zone, l’auteure n’a pas eu besoin de tordre la pièce d’Euripide, seulement de trouver quelques correspondances. Soyons clair, la réécriture est habile, justifiée, mais on n’a tout de même pas affaire à une partition de la densité de Médée-Matériau, le texte aux multiples résonances intimes et politiques de Heiner Müller.

La mise en scène n’est pas des plus imaginatives, peine à réinventer la ville, à y faire croître et éclater la tragédie. On se désole notamment de voir les clichés associés à New York reconduits dans la scénographie et les projections: gratte-ciels, embouteillages automobiles, effondrement des tours jumelles, cotes de la Bourse… En ce qui concerne le jeu, c’est à moitié réussi. Alors que les personnages secondaires sont incarnés de manière convaincante, les héros le sont sans grand relief par Geneviève Alarie et Alexandre Goyette.

Paul Ahmarani est mystérieux à souhait dans l’uniforme de Vélasquez, le portier-coryphée qui, dans ses temps libres, s’acharne à copier les toiles de son ancêtre. Didier Lucien incarne avec truculence le travesti sourd, oracle en talons hauts et rangs de perles, plus sorcière que la sorcière. Dans la chaise roulante du chef d’entreprise, patron véreux de la sweatshop, alter ego du roi Créon, Germain Houde est particulièrement inquiétant.

Cauchemar américain Critique par - 2011-04-07
Cote: 2


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