Avant d’être présenté à travers le Québec, l’opéra-folk Les filles de Caleb prend l’affiche cette semaine à Montréal. Rencontre avec son compositeur, Michel Rivard.

La dernière fois que Michel Rivard s’est embarqué dans une tournée provinciale à titre de musicien accompagnateur d’une troupe de théâtre, Beau Dommage était toujours en gestation, et Arlette Cousture, animatrice/journaliste à Radio-Canada. "C’était au tout début des années 70, au sein de La Quenouille Bleue, une troupe de théâtre absurde à laquelle participaient notamment Serge Thériault, Gabriel Arcand, Robert Léger, Michel Hinton et Pierre Huet."

Quarante ans plus tard, l’auteur-compositeur-interprète remet ça avec Les filles de Caleb, une production de trois millions mise en scène par Yvon Bilodeau. Adaptation des romans publiés par Arlette Cousture au milieu des années 80, le spectacle mettant en vedette Daniel Boucher, Luce Dufault, Bruno Pelletier et Marie Michèle Desrosiers nous plonge en plein terroir québécois. "C’est ce qui m’a interpellé dès le départ, confie Rivard. On a une histoire d’amour qui sent la terre et le bois, un univers qui cadre parfaitement avec mon répertoire folk-country. Même si je n’ai pas toujours apprécié ce que j’ai vu au Québec, j’ai toujours aimé le théâtre musical. Ça me semble une forme de spectacle extraordinaire, et c’est pour la modeler à mon image que j’ai accepté de participer au projet."

S’enclenche un processus de composition intense qui poussera Michel Rivard à composer 36 chansons en moins de deux ans. Quinze d’entre elles figurent d’ailleurs sur l’album Les filles de Caleb lancé l’automne dernier. "J’ai composé les musiques et écrit les paroles des chansons en me basant sur le livret produit par Micheline Lanctôt, un résumé condensé des livres d’Arlette. C’est pour ça que le spectacle de deux heures se distanciera forcément de la télésérie produite dans les années 90 qui comprenait une vingtaine d’heures de télévision."

Question d’intégrer au maximum son registre folk à l’histoire, le compositeur s’entoure sur scène de collaborateurs de longue date, dont le guitariste Rick Haworth, le bassiste Mario Légaré et le batteur Sylvain Clavette. "La vision d’Yvon Bilodeau était de monter un spectacle dans une approche très shakespearienne. Toute la troupe est visible dans un décor qui ne change pas. Les musiciens restent là et les chanteurs entrent et sortent selon les scènes. Il n’y aura pas de bandes sonores, pas de nappes de synthétiseur cheap, pas de surinterprétation vocale et pas de grands crescendos larmoyants. J’ai voulu éviter ces clichés associés au music-hall. J’ai plutôt travaillé à ce que les compositions apportent un supplément d’âme. Par exemple, si on décide de mettre une chanson à tel moment du spectacle, c’est parce que la musique va amener quelque chose de plus que le dialogue. On doit se rendre à un point où l’histoire devient plus claire si le comédien chante. Autrement, à quoi bon faire un opéra-folk? Aussi bien se contenter d’une simple pièce de théâtre…"

Souhaite-t-il faire mieux que Le blues de la métropole? Pourra-t-il égaler le génie de Daniel Bélanger dans Belles-Soeurs? "Je suis tout sauf compétitif, répond Rivard. J’ai perdu tout mon sens critique devant Le blues de la métropole. Comment faire autrement? Ça m’a remis tout le corpus de Beau Dommage en pleine face! Et pour Belles-Soeurs, j’ai été renversé, mais je ne cherche pas à faire comme Daniel Bélanger."

Aussi déterminé qu’Émilie Bordeleau, Michel Rivard cherche à faire comme… Michel Rivard.


Partagez cette page

+ SUR LE MÊME SUJET : , , , , , , , , ,

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel

Infolettres