Que se passerait-il entre les êtres si l’abondance dont on jouit dans les sociétés modernes devenait subitement pénurie? C’est ce qu’explore la nouvelle oeuvre de Victor Quijada, Gravity of Center.

Le Quijada nouveau est arrivé! Chaque fois, on l’attend comme un vin dont on anticipe qu’il sera bon, mais dont on ne sait encore quelle ivresse il offrira. Au fil des ans, Victor Quijada a peaufiné ce style qui mêle si subtilement danses urbaine, classique et contemporaine, il a joué avec le temps et avec le réel en usant de la vidéo, il s’est amusé à une théâtralisation poussée et à briser le quatrième mur dans l’interaction avec le public. Le voilà qui revient avec une oeuvre de pur mouvement.

"Mon penchant naturel est d’exprimer des idées ou des émotions à travers une gestuelle ou une séquence chorégraphique et dans une sorte de logique narrative, affirme le chorégraphe. Mais, ces dernières années, j’avais une résistance à créer ce qui me vient naturellement; j’avais besoin de me prouver que j’étais capable de faire autre chose. Aujourd’hui, je me sens plus confiant et je reviens au mouvement riche de ces connaissances."

La thématique au coeur de Gravity of Center est celle d’un groupe d’humains livrés à eux-mêmes après une catastrophe qui aurait rendu la Terre peu praticable. L’idée d’un passage brusque de l’abondance à la rareté a germé dans l’esprit de Quijada au moment de la crise financière de 2007-2008. De là, il s’est intéressé aux comportements animaux, à la manière dont se manifeste l’instinct de survie commun à toutes les espèces et aux modes organisationnels mis en place dans les contextes difficiles.

"Dans des situations extrêmes, on redevient des animaux parce que ce sont nos besoins primaires qui s’expriment, commente le fondateur du Rubberbandance Group. Au cours de mes recherches, j’ai vu beaucoup de similarités entre humains et animaux. Je me souviens par exemple d’une photo de chien sauvage dans un paysage désertique et d’une photo de réfugié qui évoquaient la même chose. L’idée n’est donc pas d’imiter les animaux, mais plus de faire ce genre de parallèles."

De plus, chez les humains, le désir d’autonomie et la tentation de l’individualisme entrent en conflit avec l’instinct grégaire et le besoin du groupe pour survivre. Une merveilleuse source d’inspiration pour le chorégraphe originaire de Los Angeles qui, depuis ses débuts, s’intéresse à la psychologie et aux difficultés inhérentes aux relations humaines. Pour cette nouvelle aventure, il est accompagné de sa complice de toujours, Anne Plamondon, codirectrice artistique de la compagnie, d’Emmanuelle Lê Phan, qui n’en est pas à sa première collaboration avec le groupe, et de deux nouvelles recrues, Elon Höglund et Daniel Mayo.

Cette création boucle quatre ans de résidence à la Cinquième Salle. "C’est gigantesque, ce que cette résidence nous a apporté, déclare Quijada. Elle est arrivée exactement au moment où nous en avions besoin pour assurer la croissance de la compagnie. Elle nous a donné la chance de consolider la technique et la méthode de travail derrière notre vocabulaire et notre façon de travailler. Je n’ai pas encore réalisé totalement ma vision, mais je sais que je suis sur le bon chemin."

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