Après Berlin, Québec et Ottawa, c’est au tour de Montréal de découvrir Temps, la nouvelle création de Wajdi Mouawad.

Une rencontre entre trois visions du temps, historique, mythique et messianique, voilà comment Wajdi Mouawad conçoit sa nouvelle tragédie. Pour faire face à la mort imminente de leur père poète, un vieil homme qui est loin d’être irréprochable, Edward, Noëlla et Arkadiy sont réunis sur une terre hostile et sacrée, brûlée par le froid, un territoire envahi par… une horde de rats. "J’avais besoin d’une situation fortement métaphorique, a expliqué le créateur lors d’une conférence de presse donnée à Québec en mars dernier. L’isolement, l’éloignement, la folie… Qu’est-ce qui se passe quand on habite un endroit qui a été construit pour des raisons qui ne sont pas naturelles? Je trouvais qu’il y avait un parallèle à faire avec l’artifice que l’on s’invente quotidiennement dans nos vies."

Au pied du mur

L’action de Temps est ainsi campée à Fermont, une ville minière de la Côte-Nord qui résiste à des froids épouvantables, notamment grâce à un mur-écran. "Je n’ai pas visité la ville, avoue Mouawad, mais j’ai fait beaucoup de recherches. À propos de la mine, de l’utilisation du fer, des dirigeants de l’entreprise, des actionnaires, des possesseurs terriens, des travailleurs… Petit à petit, je me suis attaché à cet endroit, à ces gens. Je tenais, en écrivant, à ne pas leur manquer de respect."

Cela dit, il n’était pas question pour le créateur de donner naissance à quoi que ce soit qui s’apparente à un documentaire. "C’est devenu un lieu fictif, imaginaire, mais aussi tout à fait personnel, explique-t-il. Un espace intime, très représentatif de ce que je pense de moi-même. Le Fermont qu’il y a dans la pièce, c’est moi! Moi dans le rapport que j’ai aujourd’hui à l’écriture, à l’art et à ma propre vie. J’estime que si c’est un questionnement que je peux avoir sur moi, il est possible que dans la salle quelqu’un puisse le faire aussi sur lui-même, ne serait-ce qu’un ou deux spectateurs."

Nouvelle méthode

On a beaucoup parlé de la méthode que Mouawad a employée pour créer Temps: pas de titre, pas de texte et pas de véritable idée de ce que serait le spectacle avant de commencer les répétitions avec les comédiens Marie-Josée Bastien, Jean-Jacqui Boutet, Véronique Côté, Gérald Gagnon, Linda Laplante, Anne-Marie Olivier, Valeriy Pankov et Isabelle Roy. Une aventure hors-norme rendue possible par le Théâtre du Trident, le Théâtre d’Aujourd’hui, le Théâtre français du CNA et quelques autres coproducteurs européens.

Mais en quoi le résultat se distingue-t-il des oeuvres qui ont précédé? "Je suis euphorique, révèle Mouawad, parce que je me sens vraiment libéré, notamment de l’hystérie. Incendies, Forêts, Seuls… c’est parfois très hystérique dans le jeu. Je ne pensais pas que j’arriverais un jour à faire un spectacle calme, tout en étant très violent, un spectacle qui prend son temps, qui est posé, qui ne s’inquiète plus de plaire ou pas, d’ennuyer ou non. Il y a toujours une histoire, mais c’est un peu plus abstrait. Il y a beaucoup moins de mots et ils sont un peu plus taillés. Il y a des silences, surtout, que je n’avais jamais touchés avant."


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