L’original duo composé d’Oleg Kisseliov et de Larissa Corriveau se fait le visiteur intime de la poète anticonformiste Emily Dickinson dans un solo de théâtre poétique inédit.

La poésie flirte peu avec le théâtre, comme si l’intériorité de l’une pouvait difficilement s’allier à la nature publique de l’autre. Pour le metteur en scène Oleg Kisseliov et l’actrice Larissa Corriveau, les deux arts font pourtant bon ménage dans la pièce qu’ils présenteront autour de la poète américaine. Il faut dire que l’homme de théâtre d’origine russe enseigne depuis trente ans aux acteurs sa "méthode d’impulsion créatrice" fondée sur le retour aux pulsions premières de l’acteur et au mystère de la création, une démarche que Dickinson lui éclaire. Depuis sa découverte en 1986 de l’oeuvre de cette virtuose solitaire, Kisseliov attendait l’accident heureux pour réaliser son rêve de mettre sa poésie sur scène.

L’accident s’appelle Larissa Corriveau, une jeune actrice croisée lors d’un de ses ateliers. "C’était un match parfait entre Larissa, sa nature, son talent, et mon idée de Dickinson", explique dans un anglais cassé d’un fort accent russe celui qui a émigré au Canada en 1991. "Ce spectacle traduit les raisons à l’origine de la poésie de Dickinson, la naissance de l’impulsion créatrice. Dickinson n’avait rien contre la société, ni contre les règles de la poésie. Elle a écrit depuis elle-même et a découvert que personne ne s’intéressait à son oeuvre. C’est là qu’a commencé son drame personnel, familial et social, mais aussi cosmique, le drame de l’être humain et de l’univers. Sommes-nous seuls ou pas?"

Qualifiée aujourd’hui de révolutionnaire, Dickinson a produit près de 1 800 poèmes dont une douzaine publiés de son vivant. L’artiste multidisciplinaire Larissa Corriveau, actrice, musicienne et danseuse, a eu le coup de foudre pour Dickinson. "Elle a été une des premières grandes poètes de la littérature américaine qui prenait des libertés face aux conventions de la poésie et on lui reprocha ses innovations. Même les grands critiques littéraires de l’époque n’arrivaient pas à cerner ce qu’elle écrivait. C’est souvent le sort des grands génies, comme Bach, dont la musique a été redécouverte 150 ans plus tard."

Préférant s’inspirer du "phénomène créatif" Dickinson plutôt que de sa biographie, Kisseliov a bâti une histoire à partir d’extraits de sa poésie et de sa correspondance. Plus expressionniste que narrative, la pièce cherche à mettre en lumière le paradoxe de la poète clairvoyante, mais aussi dévorée par ses démons. "Elle vivait un tiraillement constant entre sa conscience d’être immortelle et la peur que son oeuvre ne lui survive pas", explique l’actrice à la silhouette de ballerine. "Emily Dickinson, c’est le drame exquis de quelqu’un qui se sait immortel avant même que la mort l’ait mis à l’épreuve", écrit-elle dans le synopsis. "Elle a gagné son pari parce qu’en 2011, à Montréal, une petite fille et un Russe montent un spectacle sur elle!", lance Corriveau, prête à se lancer dans le vide pour incarner la couturière céleste. "Dans le travail de jeu avec Oleg, il ne faut jamais être dans la démonstration. Il aime le danger, ne pas tomber dans une partition. Ça rejoint le drame d’Emily qui s’est enfermée dans sa chambre à 30 ans pour ne plus en sortir." Loin du monde et de ses représentations, ce voyage ramène les spectateurs dans la chambre de Dickinson, dans l’intimité de l’incubation créatrice.

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