Après s’être intéressé à Napoléon Bonaparte dans Une partie avec l’Empereur, l’auteur et metteur en scène Stéphane Brulotte décrypte cette fois la vie d’un écrivain complexe et entier. À travers Dans l’ombre d’Hemingway, présentée chez Duceppe, le grand Ernest défendu par Michel Dumont apparaît sous un nouveau jour.

À La Havane où Hemingway aimait écrire, boire et discuter, son ombre plane au détour de chaque rue. C’est là qu’en voyage, il y a deux ans et demi, Stéphane Brulotte a capté une part de l’essence de l’homme pour commencer à écrire autour du sujet qui le fascinait. "J’ai presque tout lu sur lui. À travers mes recherches, il m’est apparu une fenêtre de sa vie qui n’avait pas été souvent ouverte. C’est de ce côté que je suis allé voir."

Hemingway désirait les femmes. Beaucoup. Parmi celles qui ont traversé sa vie, la jeune aristocrate vénitienne Adriana Ivancich (Bénédicte Décary) aurait été marquante pour l’artiste. Dans la fiction que Brulotte a imaginée, elle serait débarquée avec sa mère au domaine d’Hemingway alors qu’il était abattu par la critique concernant son dernier roman. Enfermés dans une tour blanche qui surplombe le jardin de l’écrivain, elle, 19 ans, et lui, 50 ans, auraient passé plusieurs jours à discuter. "Selon moi, cette Adriana a été le grand amour d’Hemingway. J’en fais une sorte de muse, la muse inspirant ce qui allait devenir Le vieil homme et la mer."

Quelques années après le grand succès de ce dernier roman, Hemingway se suicida en Idaho en 1961. Adriana le suivit dans la mort en 1983. Avant, il y eut cette histoire entre eux. "Je pense que ça donne une pièce sur la vie et la mort, sur un homme qui touche le fond du baril. Au moment où Adriana surgit, elle le ramène parmi les vivants, lui donne dix ans de sursis en quelque sorte. C’est sans doute pour ça qu’elle a été significative. C’est intéressant de constater à quel point l’amour peut vampiriser quelqu’un et d’autres fois, le sauver."

En plus des ouvrages qui peuplent sa bibliothèque personnelle, avec le journal de la défunte Adriana retrouvé par fragments sur Internet, Brulotte a peaufiné ses recherches. Il a aussi rencontré John Hemingway, petit-fils quinquagénaire de l’écrivain, consulté en cours de création.

Avec Michel Dumont dans la peau du célèbre écrivain américain, l’auteur et metteur en scène prévoit que l’imposant comédien ne décevra pas les fans de l’écrivain de la démesure.


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  • 7 novembre 2011 · 16h54 Pierre Dubois

    Voix sans voie

    Tel un lion en cage, l’auteur est littéralement encadré, enfermé, asphyxié. Encore une fois, à la manière de Michel Poirier (Match), Stéphane Brulotte parvient à dompter la scène de Duceppe en la transformant de plus belle en plage. En silence, l’auteur fait rugir Hemingway à découvert lequel passera la tête à travers les barreaux de sa cage d’osier pour entrevoir l’amour et la muse. Il les rompra même ces barreaux, sous l’abnégation acide de son ange gardien Mary aigrie (que Marie Michaud rend admirablement en second plan tellement elle le comprend, tellement elle entre avec une modestie à peine contrôlée dans son jeu) qui, tenace, veille sur son fauve excessif aussi farouchement que possible, le fouet à l’esprit, le suivant pas à pas, mot à mot. On étouffe sous les tropiques, on divague à Cuba, on sèche à la Havane.

    Les déboires d’Ernest s’accumulent sur plus d’une panne. Son tableau de chasse s’assombrit faute de captures. Tocsin. Tocsin. Tocsin. Mais pour qui sonne ce tintement lent, cette seule note prise dans l’emprise du vacuum? Finies les embuscades et les frappes de vieille Remington!

    Se pourrait-il que le soleil de l’inspiration ne se lève plus dans le Jardin d’Éden, ne trame plus de drame sur les Collines Vertes? Mûrir ou pourrir? Telle est la question.

    Noyé dans l’alcool et la désillusion, Hemingway projetait son propre reflet frelaté sur l’écran aveugle de ses nuits blanches et stériles pour mieux vasouiller ou végéter en lieu sur. Michel Dumont interprète, magistralement dans les circonstances, ce personnage à hauteur d’auteur désabusé. Ce dernier n’a-t-il pas fait le rapprochement lumineux entre l’oeuvre majeure d’Hemingway Le vieil homme et la mer et le thon fou pêché par le vieil homme pour se rappeler leur pouvoir d’écrire et de pêcher encore. Ne serait-ce qu’une dernière fois, la bonne.

    Seule sombre ombre au tableau : son suicide imminent (comme de celui de sa Vénitienne Adriana). Tel père, tel fils.

    Était-ce le prix à payer pour devenir un authentique fantôme? Ou était-ce un leurre dans les affres de la création comme l’image d’une île à la dérive, comme un correspondant à la recherche de phrases plus vraies que fiction pour décrire sans artifice l’aventure humaine.

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