Petit poème en forme de coeur brisé à reconstruire, Gaëtan (pièces à assembler à la maison) tient en équilibre sur le travail minutieux de son créateur et unique interprète.

Après L’inoublié ou Marcel Pmme-dans-l’eau, un premier solo autobiographique créé au sein de Momentum en 2002, Marcel Pomerlo nous revient avec un second spectacle théâtral à une voix dont il signe le texte et la mise en scène. Fable personnelle, mais aussi universelle parce qu’elle aborde les questions essentielles de l’origine et de l’identité, Gaëtan trace le portrait impressionniste d’un orphelin fragilisé par une malformation cardiaque. Récit de vie atypique raconté par un homme candide et solitaire devenu gardien de nuit du musée national à la suite d’un choc bouleversant avec la peinture, la pièce repose tout entière sur le jeu nuancé de Pomerlo qui amène les ruptures de ton avec une remarquable délicatesse. L’acteur valse allègrement entre la vulnérabilité et l’exaltation, poussant loin les notes graves et comiques, mais restant toujours en symbiose avec le texte livré comme une musique intérieure. Sa composition de soeur Yvette, qui s’est occupée de l’orphelin pendant 18 ans, est particulièrement drôle et saisissante, personnifiée avec brio par Pomerlo dans son exaltée dévotion à Dieu. Entre d’éloquents silences et des accès de joie excessifs, l’émotion est toujours extrême chez ce personnage hypersensible qui reçoit les chocs de la vie sans protection, telle une cage de résonance aux parois perméables.

Dans une mise en scène élégante et dépouillée, à l’image de l’homme aux simples désirs, la pièce trouve sa grâce dans l’intime relation que le personnage établit avec le public. Pomerlo ose aborder des thèmes difficiles comme ceux de la beauté et du bonheur, parfois glissants, mais les rattrape par une touche humoristique, un petit détail signifiant de la vie du personnage qui fait que le drame crève-coeur de cet homme fracturé ne verse pas dans le mélo larmoyant. On rit même beaucoup avec Gaëtan qui connaît l’ironie et s’évade facilement dans les mots et leur poésie qui exercent chez lui une vraie fascination. Malgré son goût pour les choses de l’esprit, l’homme atterrit toujours sur le plancher des vaches avec des commentaires concrets et lucides.

Celui qui fut longtemps un "enfant blanc", désignant les orphelins à qui on n’a pas encore trouvé de parents, se construit une identité à partir du vide, posant des questions fondamentales sur notre inscription dans le monde et sur la reconnaissance, celle qu’une mère a de son enfant ou pas, comme c’est le cas pour Gaëtan qui découvre les clés de sa délivrance dans l’art, une force rédemptrice qui devient sa matrice. Philosophique sans être abstraite, la pièce réussit à dire avec candeur la survie d’un homme cassé qui résiste à l’effondrement. Boris Vian et Prévert ne sont pas très loin de ce type né avec deux coeurs, dont la vie bat trop fort pour s’éteindre.

L'enfant blanc Critique par Voir - . Cote: 3.5

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