Un coup de poing assené dans le ventre qui paralyse, puis diffuse doucement la douleur. C’est l’effet provoqué par la pièce Orphelins. Violent plaidoyer contre la violence.

Au chapitre de l’humour noir, il est difficile de faire plus sombre que la pièce de l’auteur britannique Dennis Kelly mise en scène par Maxime Denommée. Dans un appartement confortable, un couple s’affaire à la préparation du repas, tout ce qu’il y a de plus banal. Interrompu par l’arrivée surprise de Liam, le frère de Helen, le couple sera d’abord dérangé dans son intimité, puis envahi par le flot de paroles du jeune paumé, nerveux et paranoïaque, au chandail taché de sang. L’origine des taches devient de plus en plus suspecte à mesure que Liam trébuche sur les mots et les explications, jusqu’à former une preuve accablante de ses possibles dérapages. Du jeune effarouché qui prie sa soeur de déménager du quartier malfamé "envahi par les monstres", Liam se transforme lui-même en menace par un renversement dramatique fort bien amené. Étienne Pilon incarne parfaitement la métamorphose subtile du manipulateur aux côtés d’Évelyne Rompré et de Steve Laplante qui dérapent aussi de façon troublante sur une mauvaise pente. Les dialogues, brillamment traduits par Fanny Britt, très réalistes, coupés au couteau et pleins de non-dits, élèvent la tension dramatique au point insoutenable où elle explose, à la suite d’un remarquable crescendo vers l’horreur.

Avec ces personnages qui n’arrivent plus à se comprendre et qui, s’aimant au début, finiront par se détester, Kelly dit que la violence n’est jamais loin. Il faut se méfier des discours bien-pensants sur le racisme, l’ouverture à l’autre et à la différence parce que, concrètement, en face de celui qui nous fait peur, nous sommes capables du pire et cet étranger dangereux peut être un proche. Denommée a choisi une mise en scène sobre et fidèle à la dureté du texte qui respire par quelques pointes d’humour, mais demeure avant tout décapant, froid comme une lame de couteau qui vous passe sous la gorge et dit que les monstres viennent des enfants blessés.

Comment devenir un monstre Critique par - 2012-01-19
Cote: 3


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