Le ventriloque : Théâtre gigogne
Scène

Le ventriloque : Théâtre gigogne

Poussant plus loin sa volonté de donner une vitrine à la relève, le directeur artistique du Quat’Sous Eric Jean met en scène Le ventriloque de Larry Tremblay avec les finissants de l’École nationale.

Depuis plus d’un quart de siècle, le Quat’Sous donne aux jeunes finissants des écoles de théâtre l’occasion de fouler les planches d’un théâtre institutionnel avec les auditions générales qui marquent la fin de leurs études et le début de l’aventure professionnelle. En continuité avec cette démarche, Eric Jean propose d’ouvrir la saison avec une pièce interprétée par les acteurs tout chaud sortis de l’École nationale, une pièce qu’il met en scène deux ans après l’avoir montée avec cette classe qu’il trouvait particulièrement talentueuse. "Ça fait plusieurs années que j’enseigne à l’École nationale et dans une classe, il y a parfois des élèves qui se démarquent, d’autres qui sont moins aboutis. Cette classe-ci, je trouvais que c’était pas mal unanime et c’est pour ça que je voulais reprendre le spectacle que j’ai fait avec eux il y a deux ans, au début de leur troisième année. Depuis, la pièce s’est vraiment bonifiée et enrichie."

Mise en scène par Claude Poissant en 2003 dans une production remarquée et récompensée de nombreux prix, traduite en huit langues et produite à Paris, Bruxelles, Turin, Mexico et Ottawa, Le ventriloque est devenue un classique de la dramaturgie québécoise, un défi de taille pour la jeune distribution. "Je pense qu’il faut oser de nouvelles lectures avec des pièces comme ça. Je cherchais un texte avec une notion de schizophrénie ou de dédoublement et où je pourrais faire jouer 10 acteurs. La pièce de Larry Tremblay a été écrite pour deux acteurs, un homme et une femme, mais j’ai choisi de doubler les personnages. L’écriture de Larry est toujours construite comme une série de poupées gigognes. Il y a une première histoire, puis il ouvre une porte et on entre dans une deuxième histoire, puis il ouvre une troisième et une quatrième porte. Chacun des acteurs représente une entrée."

En dédoublant les personnages, Eric Jean développe un travail choral avec les comédiens et donne à la pièce une nouvelle dimension, une lecture saluée par l’auteur qui a assisté au spectacle et apprécié cet enrichissement. L’histoire de Gaby, cette adolescente qui décide de ne plus "ressembler à ces petites filles stupides qui croient que le monde n’a pas été fait pour elles" et qui découvre l’écriture grâce au stylo qu’on lui offre à son 16e anniversaire, est une fable sur la mise au monde par l’imaginaire. Le thème est inspirant pour un groupe de finissants qui signe son baptême de la scène professionnelle. "C’est une pièce sur le pouvoir de l’écriture et de la création, explique Eric Jean. Gaby reçoit en cadeau un stylo et ce qu’elle écrit va se concrétiser. Elle se retrouve avec un pouvoir infini, le pouvoir de l’imaginaire."

Un peu comme avec Hippocampe ou d’autres de ses spectacles, Eric Jean mise sur une approche réaliste qui bascule dans le fantastique. "J’aime jouer sur les effets de surprise, les apparitions et les disparitions. L’univers est à la fois fantastique et cauchemardesque. Dans les textes de Larry Tremblay et particulièrement dans celui-là, on ne sait jamais trop dans quel niveau de réalité on se trouve. On est à mi-chemin entre la réalité et le fantasme."

Eric Jean est particulièrement fier de ce spectacle d’une heure qu’il décrit comme un vrai "feu roulant" et qui ne ressemble pas à un exercice étudiant. "C’est sûr qu’on vient encourager une nouvelle compagnie de la relève, mais c’est de la qualité", promet-il. "D’après moi, c’est un texte à découvrir ou à redécouvrir", ajoute-t-il, ravi de remonter une pièce de Larry Tremblay, qui lui a enseigné et avec qui il se trouve plein de parentés. Une aventure de filiation qui appuie de belle façon la relève. Produite par la compagnie fondée pour l’occasion et bien nommée Le Début de la fin, la pièce est présentée pendant deux semaines seulement et a besoin de vous pour se faire connaître.

Du 28 août au 1er septembre et du 11 au 15 septembre
Au Théâtre de Quat’Sous