Non dénuée d’humour et d’autodérision, Un, la pièce autobiographique signée par l’acteur Mani Soleymanlou, vaut mieux que n’importe quel essai identitaire. Un parcours personnel et lucide d’exilé, loin des lieux communs.

L’Iran, on le lui a arraché. Il fut ensuite Iranien en France, puis Français-Iranien à Toronto et Torontois-Français-Iranien à Ottawa, mais c’est en arrivant à Montréal que pour la première fois, Mani Soleymanloua dû se définir. Invité par un théâtre montréalais à parler de son pays, le comédien s’est retrouvé en face de l’absence. En guise de réponse, il a pondu un solo théâtral sous la forme d’une marche progressant vers un homme dans l’ombre, cet Iranien resté là-bas, sorte d’angle mort d’une recherche qui atterrit jusqu’à lui. « Je ne savais pas comment parler de l’Iran autrement, de façon folklorique ou neutre, explique l’auteur et interprète. Je ne pouvais pas me placer comme si je faisais un exposé oral sur l’Islande. J’ai donc suivi mon chemin personnel, construit à partir de mes souvenirs, de ma propre vie, plutôt que d’en parler en termes de vérité. »

Écrite en français, puis traduite et présentée en anglais cette année, au Magnetic North Theatre de Calgary puis à Toronto, la pièce naîtra enfin dans sa langue d’origine sur les planches montréalaises, interprétée et mise en scène par l’auteur. Le récit (publié à L’instant même) débute d’un point de vue extérieur, avec un jeu amusant sur les clichés qu’on ressasse sur le pays, un résumé de la révolution iranienne où s’affrontent le shah et Khomeyni, rebaptisé le Chien, pour ensuite pénétrer à l’intérieur de l’Iran, par ses côtés plus sombres. L’auteur constate la distance qui s’est creusée entre lui et sa terre natale, accentuée lors des manifestations de 2008. « Je me retrouvais tout seul chez moi à regarder les manifestants sur Internet, et quand je fermais l’ordinateur, c’est comme si cette partie-là de moi s’éteignait, disparaissait. » Déchiré par l’image plaquée de l’Iranien à laquelle il essaie de correspondre sans y parvenir vraiment, Soleymanlou part en quête d’une unité qui lui échappe. « Je vis l’opposition entre ce qu’il y a d’Iranien chez moi et ce qu’il y a d’Iranien chez celui qui, tous les jours, se bat pour avoir le droit d’exister. Pour parvenir à juxtaposer ces deux visages, il fallait que je parte de quelque chose de relativement banal, de mon quotidien, pour arriver à ce que, selon moi, est l’Iran. »

Divisé en deux parties: « Moi » et « Ils et elles », le récit passe de la réalité de l’auteur à celle d’un pays qui n’est qu’un « souvenir ancré dans un vide », un vide qui le « met en opposition avec lui-même » mais ne demande pas forcément à être rempli. L’unité convoitée aboutit à une division acceptée. N’est-ce pas finalement le sort de chaque individu, d’assumer ses contradictions et ses conflits internes? « Cette quête d’unité va au-delà de l’identité nationale ou d’origine étrangère, admet-il. Le regroupement en une seule identité, comme on essaie de le faire sur Facebook avec notre profil, je l’ai fait sous un angle plus ethnique, du point de vue d’un Iranien, mais ça pourrait être un Québécois. J’ai réalisé que cette question d’être un, au Québec, on la projette souvent vers quelqu’un qui n’a pas la même couleur de peau ou qui a un accent différent, mais c’est une quête propre à la province. » Écoutez bien l’histoire de Mani Soleymanlou. Ça pourrait être la vôtre.

Du 13 novembre au 1er décembre
À La Chapelle

Un

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