Avec Leo, Daniel Brière met son talent de metteur en scène au profit d’un solo théâtral sans mots, sorte de fable bédéesque à la croisée du cinéma muet et du cirque.

Né d’une improbable rencontre entre la compagnie berlinoise Circle of Eleven et le metteur en scène Daniel Brière, Leo est un objet inclassable, tout droit sorti d’une boîte à surprise. Tobias Wegner, acrobate de formation, incarne un personnage effectivement captif d’un cube, qui peut être une salle d’attente ou une prison, mais où la gravité s’est déplacée du sol au mur, comme par magie. Le spectateur n’est pas dupe, constatant rapidement que l’interprète est filmé par une caméra à 90 degrés, et voit ainsi son image projetée sur un écran le faisant apparaître à l’endroit, mais sous l’effet d’une attraction venue du mur plutôt que du plancher. Par ce renversement des lois de la gravité, Leo nous attire dans un monde fantasmé, un rêve rendu possible par ce simple décalage du réel, cher aux personnages des contes dont il est.

La technologie, très simple, mais qui exige une extrême précision de la part de l’interprète, vient renverser l’ordre du monde le temps de cette fable silencieuse qui, à la manière des carnavals, bouscule les règles établies. Wegner fait preuve d’une irréprochable technique, mais aussi d’un jeu subtil, qui n’est pas sans rappeler le cinéma muet de Chaplin. Leo vole, danse et fait parfois le bouffon, mais oscille toujours entre la joie et la mélancolie, cherchant à sortir de cette cage amusante, certes, mais aussi étouffante, où sa valise musicale ne suffit pas à le désennuyer. Il trouve un salut dans l’imaginaire, alors qu’il se dessine une maison et des animaux de compagnie, troquant la réalité contre un monde animé, mais la fête cède aussi le pas à des tonalités plus graves et angoissantes. Leo fait partie de ces personnages qu’on s’approprie, parce que dans son long silence peuvent naître toutes les fables du public qui s’abandonne, quittant le réel pour aller voir ce qui se passe en dessous. Un brillant numéro de charme!

Jusqu’au 24 novembre
Supplémentaires les 17 et 24 novembre à 16h
À l’Espace libre

Le monde à l'envers Critique par - 2012-11-15
Cote: 3.5

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