Dans Le «K» Buster, présenté au Périscope, Raphaël Posadas écrit, met en scène et interprète une allégorie sur le corps perdu. Et le corps retrouvé.

En plus de mettre en scène Le «K» Buster, texte issu de son expérience, Raphaël Posadas y interprète Francis, comédien qui s’écroule avant la première d’un spectacle en hommage à Buster Keaton, a.k.a. The Great Stone Face. À l’hôpital, entre songes et réalité, on retrouve Francis, alter ego de Posadas et reflet d’une énergie qui l’a habité au sortir d’une maladie subite, qui lui avait laissé le corps en friche.

«C’est très onirique, très poétique, c’est vraiment axé sur l’envie de se laisser aller, l’envie de parler du corps: l’envie de s’amuser, aussi, scéniquement parlant. L’envie de faire parler les temps muets.»

Pas surprenant que la pièce pour trois acteurs, qui rend hommage au cinéma muet et au Mécano de la General, bien sûr, mais aussi à la résilience humaine, multiplie les moyens: marionnettes, musique et danse, le tout dans un jeu très physique et varié qui cherche à rappeler les possibilités du corps humain.

«Lorsque j’ai commencé à retrouver la santé, il y a eu cette envie de reprouver au corps qu’il était capable d’avancer, qu’il était capable d’un excès. Et tranquillement, cet amour certain que j’avais pour Buster Keaton, son jeu physique que j’adorais, ses cascades… tout d’un coup, entre le corps en explosion et le corps atrophié, il y avait un lien à faire.»

Présenté en 2008 à Premier Acte et nommé meilleur spectacle de la relève par Première Ovation, Le «K» Buster peut se lire comme une revanche sur le mal, un bout de théâtre qui encapsule une réalité sur laquelle il est question de prendre le dessus. «Par la suite, mille et une choses se sont présentées à moi: Buster Keaton est né en 1895, le cinéma a commencé en 1895, la radiographie a été inventée en 1895; et la seule façon de diagnostiquer un cancer ou un lymphome hodgkinien, c’est par une radiographie du thorax…»

«Le départ est très simple», poursuit le jeune comédien issu de la cuvée 2005 du Conservatoire, «mais la finalité est très onirique, utopique, à mille branches, ce qui permet de dire que la maladie, c’est quelque chose de muet: c’est quelque chose qui ne parle pas et qui a besoin de parler.»

Dans un désir de faire parler le corps, le petit géant du cinéma muet faisait figure de parfait véhicule. Et dans un monde où le corps est principalement un instrument de la parure ou de l’échange de fluides, la figure de Buster Keaton risque d’avoir de quoi nous rappeler autre chose.


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