Thoreau trouve une superbe incarnation dans Les hivers de grâce, une adaptation théâtrale de ses œuvres signée Denis Lavalou.

Les spectacles créés à partir d’œuvres littéraires ont l’avantage de nous rendre ces paroles vivantes et de nous donner peut-être envie d’aller lire plus en profondeur les auteurs. Maître de cet art, Denis Lavalou réussit cela avec Les hivers de grâce, une création inspirée des écrits et de la vie du philosophe américain Henry David Thoreau. Penseur visionnaire à l’origine du concept de désobéissance civile et précurseur de la pensée écologiste, décédé il y a 150 ans, Thoreau s’était retiré dans une cabane en forêt pendant deux ans, résistant au système social et économique, retrouvant l’équilibre fondé sur les éléments de la nature. Raconté dans Walden ou La vie dans les bois (1854), ce séjour compose la trame centrale de cette création où le philosophe nous apparaît en trois visages, interprétés par Jean-François Blanchard, Denis Lavalou et Marcel Pomerlo. Solides et nuancés, les trois comédiens conversent entre eux comme trois parties d’une même âme qui se remet en question, doute et poétise, tantôt lucide, tantôt inquiète, valsant de la grâce à l’affliction, appelée à résoudre les grands problèmes de l’humanité dans la solitude des bois. Entre le journal naturaliste – qui rappelle parfois Jean-Jacques Rousseau –, le conte philosophique et le pamphlet politique, le récit à la fois chante les merveilles d’une nature qui prodigue ses secrets et ses vérités et vilipende les maux de la société industrielle. «Comment rendre son gagne-pain poétique?» se demande cet homme dégoûté de la ville et qui préfère emprunter la route de la pensée plutôt que celle de l’argent. Suivant le défilé des saisons au rythme d’une nature joliment suggérée par la superbe scénographie de Cédric Lord, les lumières de Stéphane Ménigot et les projections organiques de Frédéric Saint-Hilaire, ce philosophe revendique les modèles de l’Antiquité, mais interroge aussi ceux de son temps. Bien qu’utopique, diront certains, sa proposition de désobéissance civile qui consiste à arrêter collectivement de payer nos impôts devrait être envisagée aujourd’hui. Entre ses réflexions sur la planète détraquée et sa peur de la course folle à la consommation qui perd l’homme, Thoreau parle décidément à nos contemporains. Ode à la différence et à la résistance, ce collage de textes rend honneur à la beauté des textes de ce militant pacifiste, esprit lumineux et inspirant.

Méditation dans les bois Critique par Voir - . Cote: 3.5

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