Le dîner de cons: Échappé belle
Scène

Le dîner de cons: Échappé belle

Le pire a été évité. Faisant le pari de jouer Le diner de cons, mythique pièce de Francis Weber, dans un parler québécois qui risquait de la dénaturer, la troupe réunie par Normand Chouinard au Théâtre Hector-Charland sauve les meubles grâce au rôle du con interprété avec beaucoup de panache par Marcel Leboeuf.

Crédit: Sébastien Roy
Crédit: Sébastien Roy

Popularisé par le film réalisé en 1998, Le diner de cons est indissociable du défunt acteur Jacques Villeret, qui a fait du personnage de Francois Pignon un rôle culte, aux répliques mythiques. Le premier danger pour quiconque désire désormais monter cette pièce est évidemment d’être hanté par le fantôme de Villeret sans savoir s’en dissocier, comme le seront les spectateurs qui mettront plusieurs minutes à s’habituer au nouveau visage.

La production de La meute et du Théâtre Hector-Charland évite ce premier écueil avec panache en recourant aux services de Marcel Leboeuf, un acteur largement sous-estimé, dont le timing comique et les innombrables facéties sont uniques en leur genre. Leboeuf non seulement ajoute une dimension physique au personnage en le tirant subtilement vers le burlesque, mais il sait donner à chacune de ses répliques leur juste rayonnement, en maîtrisant savamment le rythme et les inflexions pour maximiser leur effet.

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Après la production du Théâtre Voix d’Accès qui a déridé le public de Québec et du Saguenay ces dernières années en restant très fidèle au texte et en respectant son essence très franco-française, cette nouvelle mise en scène du classique comique fait le pari d’une certaine québécitude. L’intérieur bourgeois dans lequel Pierre Brochant invite Pignon pour un apéro pré-diner de cons n’est pas situé à Paris mais bien à Montréal, et la langue qu’on y entend s’articule selon des inflexions bien québécoises.

Il y avait de quoi craindre le pire. Car ce texte est franchouillard jusqu’à la moelle et son succès repose en grande partie sur une répartie typiquement parisienne, de même que sur une cruauté des interactions, ou sur une tendance aux dialogues incisifs, qui n’ont pas vraiment leur égal dans la tradition comique québécoise. De fait, après une séquence vidéo en ouverture de spectacle (d’ailleurs plutôt inutile et boiteuse), les premières répliques de Pierre Brochant sont prononcées un peu mollement par un André Robitaille dont la diction, mi-normative mi-québécoise-outremontaise, peine à transmettre le mordant du texte, dont on ne peut savourer la texture comique à sa pleine valeur.

Crédit: Sébastien Roy
Crédit: Sébastien Roy

Mais dès l’entrée en scène de Marcel Leboeuf, secondé par une Myriam Leblanc juste assez caricaturale dans le rôle de la nymphomane Marlène Sasseur et par un Antoine Durand très en forme dans le rôle de l’ami Just Leblanc, le ton est rétabli et le rythme comique est assuré (d’autant que les entrées et sorties de ces trois-là rapprochent la pièce du vaudeville, ce qui est évidemment moins le cas dans le film-culte). Robitaille y retrouve aussitôt sa verve et se montre dès lors apte à un jeu physique plus preste – il faut dire, d’ailleurs, que ce rôle de faire-valoir comique est un peu ingrat. L’adaptation, qui ne se risque pas à trop manipuler le texte mais y fait de minces ajustements, est pertinente dans son ensemble et l’oreille s’y adapte rapidement. Échappé belle.

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Le dîner de cons est à l’affiche du Théâtre Hector-Charland, à l’Assomption, jusqu’au 23 août, avant d’entamer une tournée québécoise
Crédit: Sébastien Roy
Crédit: Sébastien Roy