Les établissements de santé au Québec…

29 juin 2012 13h19 · Stéphanie Alcaraz Robinson

Quand je pense à un établissement de santé, quelle que soit sa vocation, je pense principalement à un lieu sûr, où on se remet d’une quelconque maladie, où se « refait une santé »… J’y imagine des professionnels qui ont à cœur les gens qu’ils soignent. Un endroit sécuritaire. Parallèlement je revois mon grand-père, qui était omnipraticien, souriant, généreux et bon vivant. Je me suis toujours fait une image des médecins à partir de ce que lui me transmettait. Pauvre grand-papa, il doit se retourner dans sa tombe…

En apprenant qu’en seulement 6 mois, il y a eu 91 morts dans les établissements de santé du Québec, ma bulle a pétée. Dans un article de Sara Champagne, on relate que « 97,76% des établissements ont consenti à faire parvenir leurs données à Québec, ce qui représente une hausse
de 20% par rapport à la première compilation dévoilée en décembre 2011. »

Attendez un peu. Il y a quelque chose qui me fait grincer des dents… C’est le verbe consentir qui me rend mal-à-l’aise. Ça me porte à penser que les établissements de santé n’ont aucune obligation à transmettre les causes de mortalité de leurs patients, même s’ils sont dans le tort. Non. Depuis 2002, « tous les établissements de santé ont l’obligation légale de compiler aux fins d’analyse les accidents et incidents survenus durant la
prestation de soins de santé et de services sociaux. » Pourtant, il demeure que six établissements de santé jugent qu’ils sont au-dessus de cette
obligation. Quelles en sont les conséquences? Quels sont ces établissements? À suivre…

Et bien que 97,76% des établissements se sont pliés à cette obligation, Me Jean-Pierre Ménard, avocat spécialisé en droit de lan santé pense que ce ne sont pas tous les accidents qui sont déclarés. Surtout ceux qui seraient à l’origine d’erreurs reliées aux médecins. Pas rassurant. Blâmons les infirmières. Elles, elles ont le dos large…

La Montreal Gazette, dans un article portant sur les présumés meurtres dans l’aile psychiatrique du CHUM, explique que Guy Brochu, président du Syndicat des professionnels en soin de santé du CHUM, est préoccupé par les récentes coupures de budget dans l’aile psychiatrique. Il ne peut faire le lien entre les incidents survenus dans l’aile psychiatrique du CHUM mais il juge que ces coupures sont responsables du « burnout »
du personnel soignant.

« We can’t always do better with less» prétend Brochu. Quelles sages paroles.

Je n’ose croire que ces coupures soient en cause dans cette histoire. En fait, je n’ose rien croire. Car je croyais en des établissements de santé sécuritaire, là où les patients étaient en sureté. Je lève mon chapeau aux femmes et aux hommes qui se rendent au boulot à tous les jours, dans des conditions pas toujours faciles, pour le bien être des gens. De pratiquer cette vocation en faisant face aux coupures et aux difficiles conditions de travail, il faut y croire.

On dit que l’on peut juger une société par le sort qu’elle réserve à ses malades… Quel regard porter sur la nôtre? Quel regard portez-vous sur la nôtre?

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 5

  • 29 juin 2012 · 15h09 gillac

    Vous posez deux bonnes questions mais j’ai le sentiment que vous préjugez des réponses. Il y a toutes sortes de raisons qui peuvent expliquer un délai dans la remise du rapport obligatoire sur les accidents et incidents. Je serais étonné que le MSSS tolère une attitude de mauvaise foi de la part d’un établissement car il a le pouvoir de mise en tutelle sans compter les pressions exercées par les conseils d’adminisration et les agences.. Quant aux évènements non-déclarés, les causes sont multiples tout comme les professions concernées.

    • 29 juin 2012 · 16h12 Stéphanie Alcaraz Robinson

      Oui, effectivement, il pourrait y avoir beaucoup de raisons pour lesquelles un établissement de santé ne divulge pas des informations. Il ne faut pas sauter aux conclusions. Bravo pour votre nuance et votre vigileance.
      Les statistiques c’est bien mais il faut apprendre à les lire!

  • 29 juin 2012 · 15h13 Jonathan

    Sans vouloir prendre la défense des établissements qui ne donnent pas toute l’information, il y a possiblement d’autres phénomènes en jeu, par exemple la confidentialité.

    Exemple: une personne décède de SIDA dans un petit village où il y a seulement 2-3 personnes au total qui décèdent en 6 mois. L’établissement, en donnant les causes de mort, pourrait engendrer des préjudices contres les proches de cette personne (et potentiellement contre ceux dont *on se demande si…*) en divulguant cette information. Le CLSC préfère donc ne donner aucune information. Exemple hypothétique.

    Bref: il est facile de sortir des statistiques qui paraissent troublantes, mais en creusant, la plus part du temps, on trouve toujours des réponses qui ont du bon sens (pas nécessairement avec lesquelles on est d’accord – mais simplement qui suivent un certaine logique).

    Ceci étant dit, ça ne veut pas dire qu’il faut arrêter de chercher des causes, ou cesser de vouloir s’améliorer (loin de là!), mais de comprendre que le système de santé est rempli de gens passionnés qui ne veulent qu’offrir temps, soins et bien-être à ceux qui sont dans le besoin. Mon point, c’est qu’on devrait ralentir le finger pointing.

    • 29 juin 2012 · 16h20 Stéphanie Alcaraz Robinson

      Votre exemple est parfait et me fait réfléchir mais surtout, voir que des stats, c’est bien beau mais on peut faire dire n’importe quoi à des chiffres. Je vais tenter de vérifier dans quelles situations des informations ne sont pas divulgées.
      J’ai déjà travailler dans le domaine de la santé et votre commentaire sur les gnes passionnés, c’est très vrai. Les gens sur le terrain sont des saints! Je ne tentais pas de m’en prendre à eux, mais surtout de dénoncer une bureaucratie qui empêche ces gens-là de s’épanouir totalement. Des médecins, des infirmières (et infirmiers!), des préposé(e)s, on en trouve des perles rares.
      Ça me fait penser au concours en ce moment dans le Journal de Montréal.. On présente les profs les plus passionnés du Québec. Faudrait peut-être prendre le temps de trouver les employés de la santé les plus passionnés du Québec et leur donner l’encouragement et la reconnaissance qu’ils méritent.
      Cela dit, je vous encourage à continuer à commenter mes billets. Vous m’apporter toujours un point qui éclaircit ma pensée, qui me fait découvrir une nouvelle approche ou tout simplement qui me fait réfléchir et méditer. Merci!

    • 29 juin 2012 · 20h42 Jonathan

      Je fais 3 remarques:
      1)je signalais mon épatement des professionnels de la santé, je ne voulais pas insinuer que vous n’en avez pas fait autant…
      2)Je pense que très souvent les chiffres sont exacts mais c’est l’absence de compréhension de la façon à laquelle ces chiffres sont obtenus et ce que ces chiffres représentent. Ils ne disent pas n’importequoi, mais on les interprètes parfois tout croche.
      3)J’apprécie avoir des sujets aussi divers!

      Merci à vous!

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  • Stéphanie Alcaraz Robinson
    Formée en sciences des religions, immigration et communications, je parcours le monde à la recherche de nouveaux sujets d'écriture. Journaliste, pigiste, étudiante et passionée des Canadiens... J'aspire à faire le tour du monde au moins quatre fois. Je compte bien vous en faire voir de toutes les couleurs!

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