Nos souvenirs du 11 septembre

11 septembre 2012 17h43 · Stéphanie Alcaraz Robinson

"Lest we forget". Sur le site du WTC.

 

 

 

 

Sur le site du WTC

 

 

Le 11 septembre marque le triste anniversaire de l’attentat du World Trade Center. Bien qu’il semble que nous n’ayons pas encore toutes les réponses ni la vérité sur ce qui s’est passé cette matinée horrifique, nous en gardons tous des impressions, des souvenirs. Même si nous
n’avons pas tous connu quelqu’un directement touché par le drame, notre imaginaire collectif s’est modifié en cette journée fatidique. Le 11 septembre, ce ne sont pas que deux tours qui se sont effondrées; c’est la vie de 3000 personnes qui se sont éteintes, laissant derrière elles des enfants, des parents, des soeurs et des frères, des amis, des conjoints, des collègues…

Ce sont des familles déchirées. Des rêves brisés. Des soldats qui ont donné leur vie contre la guerre au terrorisme. La liste de drames causés par l’attentat est longue.

Ce sont également des arabo-musulmans qui se sont fait pointer du doigt, partout dans le monde, malgré leur innocence. Que dis-je « arabo-musulmans »… Toute personne qui ressemble à ce que l’on croit être des arabo-musulmans, comme les Iraniens, les Afghans, les hommes à barbe… Ce sujet en soi est fascinant, mais j’y reviendrai peut-être un jour.

Les deux immenses tours n’étaient pas que des tonnes de béton et d’acier : elles étaient le siège de la fierté et de l’espoir américain. Le symbole de la puissance américaine, du rêve américain. Puis-je également dire de l’arrogance si new-yorkaise? Cette destruction a bouleversé nos vies à tous. Nous nous sommes sentis empathiques et avons même eu peur : si l’on peut s’attaquer à un monument si puissant aux États-Unis, qui peut s’affirmer être invulnérable? À l’époque, je vivais au centre-ville. Je n’ai jamais vu Montréal aussi muette.

Les souvenirs et rebondissements du 11 septembre sont encore très vifs et la plaie est encore vive pour les New-Yorkais et les Américains. Cette année, je suis allée sur le site du World Trade Center. 11 ans après le drame, un trou béant, des larmes et une plaie encore vive. Une « Freedom Tower » s’élève au milieu de bâtiments encore sinistrés, rayonnant d’un message d’espoir. Les noms des victimes disparues lors de l’attentat sont affichés, hommage désolant, mais nécessaire.

 

L'hommage aux victimes, ou héros, du World Trade Center

 

1, World Trade Center. La "Freedom Tower" en construction. Du haut de ses 104 étages, elle se veut un hommage aux victimes.

 

Mais nous, Québécois, comment voyons-nous cela, 11 ans plus tard?

Mon père habitait New York à l’époque et travaillait tout près. À l’époque, j’avais coupé tous les ponts qui nous réunissaient, mais quelques jours plus tard je n’ai pu résister à la tentation de lui lâcher un coup de fil pour savoir comment il était.

Pour Steve Gaudreault, professeur dans un Cégep, la journée du 11 septembre a été difficile. « J’étais avec mes élèves dans une salle informatique de notre bibliothèque au Cégep. Intrigué par un mouvement d’inquiétude dans la bibliothèque, on m’a appris qu’un avion était entré dans une des deux tours.

J’ai tenté de rassurer mes élèves. Nous avons essayé de nous reconcentrer sur nos exercices. Mais quand le 2e avion est entré dans la 2e tour, le niveau d’inquiétude était tel qu’il fût impossible de continuer notre laboratoire. Les employés de la bibliothèque ont installé des télévisions à différents endroits dans le Cégep. Dans les lieux les plus fréquentés. C’est avec stupeur, inquiétude et indignation que nous avons suivi la suite des événements, cherchant à nous rassurer les uns, les autres. Il a fallu faire du “débriefing” tout au long de la journée, et les jours suivants. Ç’a été très difficile! Difficile de vivre avec nos inquiétudes et notre indignation. Par contre, nous avons senti beaucoup de solidarité entre nous et avec le peuple américain. »

Pour Miriam, qui devait s’envoler pour l’Égypte dix jours plus tard, prendre l’avion fut une inquiétude. « Surtout que je ne partais pas en voyage organisé et que je ne connaissais personne. » Encore aujourd’hui, je connais des gens qui ont peur de prendre l’avion, suite à ces évènements. De plus, les admissions dans les programmes reliés à l’aviation ont été touchées. Selon un professeur de l’École Nationale d’Aérotechnique de Saint-Hubert, le taux d’inscriptions a diminué depuis.

Pour ceux qui fréquentent la Cage aux Sports, on reconnaît cet endroit pour l’atmosphère enjouée et conviviale. Le 11 septembre, « nous étions quelques collègues de travail à la Cage aux Sports de Granby au diner pour voir les images… on pouvait entendre voler une mouche… », raconte Diane.

Et vous, quel est votre souvenir du 11 septembre 2001? Que gardez-vous comme sentiment, 11 ans plus tard?

 

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Classé dans :  Divers, Humeur, Société

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 11

  • 12 septembre 2012 · 10h31 Jonathan

    Merci pour ce billet bien écrit.

    Merci aussi pour cette tranche de vie personnelle – c’est touchant!

    Afin d’éviter un commentaire trop long, j’aimerais simplement souligner deux choses par rapport à cette date…

    Premièrement, de mémoire vivante, le 11 Sept. 2001 est une des dernières fois où, par solidarité, sympathie, ou idéologie, nous étions tous américains. J’étais tellement fier de savoir que nous avons hébergés pendant de longues journées autant de voyageurs qui devait atterrir d’urgence (je pense en particulier aux hôtes Atlantiques – Labrador, Nouvelle-Écosse, etc). J’ai quelques bons souvenirs mais évidemment beaucoup plus de mauvais souvenirs de ce jour et de la période qui s’en est suivi. On dirait que c’est le jour JFK pour ceux qui n’avaient pas connu le jour JFK.

    Deuxièmement, hier, le 11 sept. 2012, il y a eu des attaques contre les ambassades américaines parce qu’une personne a lancé un film. Ça m’amène à réfléchir sur beaucoup de choses – mais je pense qu’une partie de moi est redevenu américain hier.

    • 12 septembre 2012 · 15h24 Normand Parisien

      Je ne me suis jamais senti américain, mais plutôt fier d’être canadien pour souligner cette différence qui existe entre le Canada et les États-Unis de George Bush. Ces images ont tourné en boucle sur l’écran de mon téléviseur durant une semaine : je n’oublierai jamais cela, car cela me semblait inimaginable de la part de nos réseaux de télévision. Les gens étaient scotchés à leurs téléviseurs, d’autres craintifs sans raison, car le Canada n’a jamais été visé. On parle encore de cela 11 ans plus tard, alors qu’on ne parle plus du tremblement de terre d’Haïti qui a fait, non pas 3000 morts, mais probablement 300000 morts. Il faut croire que la vie d’un broker américain a plus d’importance que celle d’un habitant d’un autre pays. La guerre d’Irak aura fait plus de victimes U.S. que l’effondrement du W.T.C.

    • 12 septembre 2012 · 15h37 Stéphanie Alcaraz Robinson

      Des policiers, pompiers, employés comme vous et moi ont péri dans cette tragédie. On peut choisir de ne pas adhérer au mouvement de sympathie, ça, je peux le comprendre. Mais ces 3000 personnes, ce n’est pas un courtier américain, non?
      Votre commentaire me rappelle un commentaire que j’ai écrit suite aux inondations terribles au Pakistan en 2010, peu après le tremblement en Haïti. Peu de médias ont abordé le sujet, aucune vedette ne s’est soulevée, aucune levée de fonds… Souvent juste un petit article était inséré dans les pages d’un journal, alors que près de 14 millions de personnes ont été touchées par ces inondations.
      On ne doit pas juger la valeur humaine sur le traitement que réservent les médias à une histoire.
      Merci pour votre commentaire, cela permet de réfléchir plus profondément à la question que vous soulevez.

    • 12 septembre 2012 · 15h39 Stéphanie Alcaraz Robinson

      Marc-André Cyr a écrit un billet qui je crois vous intéresserait.
      C’est très bien écrit, un texte touchant.
      http://voir.ca/marc-andre-cyr/2012/09/12/hommage-aux-victimes-du-12-septembre/

    • 12 septembre 2012 · 15h53 Jonathan

      M. Parisien,

      Je suis entièrement d’accord que les catastrophes haitiennes et indonésiennes étaient difficiles à comprendre à l’échelle humaine (c-à-d en terme de taille d’impact humain). Et l’invasion en Iraq et la guerre afghane sont des sujets assez complexes – comme plusieurs autres calamités qui ont suivi cet évènement du 11 sept. Mais je ne pense pas qu’il ne suffit que de faire un décompte du nombre de morts comme seule métrique pour évaluer l’impact – et je ne suis pas confortable à l’idée de discuter de sujets aussi graves sur cette plate-forme. (C’est pas une opinion ou un jugement, mais un était de fait que je ne suis pas du tout confortable de discuter de ce sujet ici).

      Je comprends votre point de vue à l’effet que les nations canadiennes et américaines étaient – et demeurent – différentes. Je ne partage pas entièrement ce point de vue – et je pense que j’aurais des faits pour me supporter – mais on s’éloignerait trop du sujet ci-présent.

      Reste-t-il que plusieurs pays et énormément de leurs citoyens – incluant le Canada – ont envoyé un support sans équivoque aux américains après cet évènement.

      Ceci étant dit, merci pour votre commentaire et bonne fin de journée!

    • 12 septembre 2012 · 16h44 le calinours bienveillant

      @jonathan

      à propos de l’ « impact » des dernières catastrophes tu écris:

      « …je ne suis pas du tout confortable de discuter de ce sujet ici. »

      pourquoi? pourquoi pas ici? quel autre endroit t’offre un meilleur confort que le blog de stéphanie?

  • 12 septembre 2012 · 15h44 Stéphanie Alcaraz Robinson

    Jonathan: j’avais pensé justement comparer le 11 septembre avec le « Where were you when they shot Kennedy »??
    Merci pour votre commentaire! Vous avez raison, et je l’avais oublié, cette ouverture des maisons canadiennes aux passagers étrangers qui se retrouvaient soudainnement prisonniers à l’aéroport…

    • 12 septembre 2012 · 16h01 Jonathan

      On s’éloigne du sujet – peut-être trop – mais j’ai toujours trouvé que la formule de la question « Where were you when they shot Kennedy? » était étrange…surtout le « they »…car ça implique soit que plusieurs personnes l’ont fait, ou soit qu’on ne sait pas qui l’a fait.

      La question de cette génération est plutôt: « Where were you when the towers came down? » – c’est beaucoup moins ambiguë comme formule.

    • 12 septembre 2012 · 22h53 Normand Parisien

      @ Jonathan
      Les Américains se sont renfermés sur eux-mêmes suite à cet attentat terroriste. Les étrangers étaient perçus comme potentiellement dangereux. Je me rappelle de l’ex premier ministre français Dominique de Villepin qui leur demandait d’écouter, ce que les amis des États-Unis leur disaient, sous les huées. Je me souviens aussi de ces déclarations d’Hillary Clinton qui déclarait que le Canada était plein de terroristes. Cela enrageait Ottawa qui n’aimait pas être considéré injustement comme un point faible de la sécurité territoriale des États-Unis. Mes racines canadiennes sont trop profondes pour ne pas me méfier de cette superpuissance américaine qui est à notre frontière. Ce support sans équivoque avait provoqué des sarcasmes de la part de l’administration américaine en 2001, Jean Chrétien apparaissant trop tiède.

    • 13 septembre 2012 · 09h31 Jonathan

      M. Parisien,

      Il y a eu de nombreux faux-pas suite à cet évènement (et faux-pas est un terme bien trop léger), et il y a eu beaucoup de dérapages médiatiques. Mais les deux points particuliers que vous soulevez se sont produits après que le support international pour une attaque irakienne s’est volatilisée et non pas en lien avec les attaques du 11 sept. (Et vous ne parlez pas de Hillary Clinton mais de Janet Napolitano, et elle n’a pas dit que le Canada était plein de terroristes mais que les terroristes du 11 sept. provenaient tous du Canada – ce qui était catégoriquement faux; mais ça, c’est un autre sujet entièrement). Et vous oubliez également que l’attaque irakienne n’avait certainement pas le support d’une majorité nette d’américains (en fait, j’ai vu un brillant reportage si je me souviens bien sur 60 minutes qui a mis en lumière des américains qui se sentaient trahis par les motifs d’intervention).

      Ceci étant dit – la réaction des américains est sans nul doute sujet à controverse et c’est sujet à interprétation. Loin de moi de douter de vos convictions ou de votre opinion – je vous comprends encore une fois! Je pense comprendre votre point de vu sur les américains qui se sont renfermés sur eux-mêmes. Je ne mets pas en doute le commentaire, mais je renchérirais que la tendance de fermeture internationale est d’une part bien entamé avant les attaques du 11 sept. et secondement compréhensible d’un certain point de vu (j’ai dit compréhensible – et non que je supporte).

      Après les évènements du Golf de Tonkin, c’est certain que la confiance est difficile à redonner – et les guerres ne sont pas des sujets dont on aborde facilement en diplomatie donc c’est clair que les américains ne se trouvent pas dans la meilleure posture. Mais encore, je ne doute nullement de votre conviction et je vous remercie pour vos précisions.

      Bonne journée!

    • 13 septembre 2012 · 14h00 le calinours bienveillant

      @jonathan

      en tous cas. l’important c’est que tu te comprennes.

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    Formée en sciences des religions, immigration et communications, je parcours le monde à la recherche de nouveaux sujets d'écriture. Journaliste, pigiste, étudiante et passionée des Canadiens... J'aspire à faire le tour du monde au moins quatre fois. Je compte bien vous en faire voir de toutes les couleurs!

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