5 octobre 2012 15h34 · Théâtre PÀP
À la fin de la pièce Bienveillance arrive un passage chanté par le comédien Christian E. Roy (pas d’inquiétudes, on ne vous livre aucun punch), qui semble intriguer plusieurs de nos premiers spectateurs.
Cet interlude musical est une composition originale de Philippe Brault, qui a aussi composé l’entièreté de la trame sonore du spectacle (on vous en dira plus sur lui un peu plus tard).
Pour remettre les choses en contexte, voici quelques informations :
Le texte de la chanson est extrait d’un poème de Blaise Cendrars Tu es plus belle que le ciel et la mer, poème qui fait lui-même partie du recueil Feuilles de route, écrit en 1924.
Blaise Cendrars, de son vrai nom Frédéric Louis Sauser, est né en 1887, à La Chaux-de-Fonds en Suisse, d’une famille bourgeoise francophone. C’est un écrivain dont le nom est très souvent associé au voyage. L’Europe, la Russie et les Amériques ont été ses destinations, que ce soit en train, en bateau ou en voiture, mais souvent sans argent. De ces voyages, il en a tiré une oeuvre foisonnante.
Naturalisé français en 1916, il fut à la fois un poète avant-gardiste et un prosateur généreux, un romancier et un reporter. Son oeuvre fascine par la simplicité et l’évidence de son style, par la force des tableaux et des portraits d’où jaillit une humanité rare.
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Pour les plus curieux, voici la retranscription intégrale du poème :
Quand tu aimes il faut partir
Quitte ta femme quitte ton enfant
Quitte ton ami quitte ton amie
Quitte ton amante quitte ton amant
Quand tu aimes il faut partir
Le monde est plein de nègres et de négresses
Des femmes des hommes des hommes des femmes
Regarde les beaux magasins
Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
Et toutes les belles marchandises
II y a l’air il y a le vent
Les montagnes l’eau le ciel la terre
Les enfants les animaux
Les plantes et le charbon de terre
Apprends à vendre à acheter à revendre
Donne prends donne prends
Quand tu aimes il faut savoir
Chanter courir manger boire
Siffler
Et apprendre à travailler
Quand tu aimes il faut partir
Ne larmoie pas en souriant
Ne te niche pas entre deux seins
Respire marche pars va-t’en
Je prends mon bain et je regarde
Je vois la bouche que je connais
La main la jambe l’œil
Je prends mon bain et je regarde
Le monde entier est toujours là
La vie pleine de choses surprenantes
Je sors de la pharmacie
Je descends juste de la bascule
Je pèse mes 80 kilos
Je t’aime
En voici même un extrait sonore :
Lieder - Quand tu aimes il faut partir de Philippe Brault
Dans la pièce, ces paroles résonnent différemment et à différents degrés pour chacun des personnages. Et vous, que vous disent-elles ?
// PS : Ce soir, vendredi 5 octobre, a lieu notre maintenant traditionnel vendredi-rencontre, moment de partage avec l’équipe de création. Claude Poissant, Fanny Britt et les comédien(ne)s seront là ce soir, tout juste après la représentation, pour partager impressions et réflexions sur la pièce. Venez, c’est ouvert à tous!
La représentation est à 20h. Mais vous pouvez aussi nous rejoindre vers 21h30, uniquement pour la discussion. //












Cette pièce m’a bouleversée! Ce personnage né d’une mère en deuil nous raconte froidement son histoire. Tout propre et droit, dans son complet cravate et ses souliers en simili-crocodile, il raconte comme il fait ses plaidoyers, hommes affairé au travail qu’il est, arrivant au bout de ses forces pour pallier à la douleur. J’ai aimé le lien qui est fait entre le manque de compassion de l’homme riche parvenu au sommet de l’échelle sociale, et cette douleur, cette fragilité : quand il aime, il lui faut partir. Surtout ne pas réveiller la bête d’amour qui sommeille en lui, celle qui blesse. Bravo!