26 février 2013 8h02 · Théâtre PÀP
L’autre soir. Au café. Devant la caisse. Tu m’as regardé, bouche close et l’œil hagard. Tu ne m’as pas reconnu. On ne s’était pas revu depuis la fête au Buvard. On ne s’est vu que par le réseau et aussi par ouï-dire. C’était quand ? Je ne sais plus. La notion du temps n’a plus la cote. Tu as reculé d’un pas quand je t’ai dit allô. Et nous avons bredouillé sur un ton neutre et accablant des « ça va ? Ça va oui. Toi ? Faut j’me sauve. Je comprends. » J’arrête ici, mon message est trop long, je voulais juste te dire salut et savoir si tu avais peut-être envie d’aller voir le spectacle d’une amie, elle joue dedans. Une histoire entre cinq célibataires qui ont perdu, si j’ai bien compris, leur éternité. Mais, en fait, il n’y a pas d’histoire. Mon amie, qui est peut-être aussi ton amie – c’est quoi son nom déjà ? – et qui joue un rôle important dans la pièce, m’a dit que ça parle du désir d’extimité *. J’aime ce mot, je me sens intelligent quand j’y pense. Je vais manger un scone et boire un autre café, en espérant que tu me reviennes. Je t’envoie aussi un lien pour un rassemblement imaginaire. En passant, j’aime ta photo. Je n’ai pas fait de fautes. Publier.
* « À côté du désir d’intimité de chacun est apparu à travers ces nouveaux réseaux un autre désir appelé d’extimité. Désir qui nous incite à montrer certains aspects de notre moi intime pour les faire valider par d’autres afin qu’ils prennent une valeur plus grande à nos yeux. Le désir d’extimité est parfois confondu avec l’exhibitionnisme mais il est en réalité différent. Dans l’exhibitionnisme en effet, il s’agit de ne montrer que des parties de soi dont la valeur est déjà assurée. L’exhibitionniste ne prend jamais de risque et ne montre de lui-même que ce qu’il sait pouvoir subjuguer ses interlocuteurs. En revanche, le désir d’extimité est inséparable d’une prise de risque : la valeur de ce qui est montré n’est jamais connue et c’est justement par le retour des autres qu’il est appellé à en prendre. »
Me suivez-vous?
Quoiqu’il en soit, bons visages.
Auteur, comédien mais surtout metteur en scène réputé et figure de proue du théâtre québécois depuis plus de 30 ans, Claude Poissant est aussi découvreur et défricheur de nouvelles paroles.
Parmi ses dernières mises en scène, soulignons Le Traitement de Martin Crimp, Unity, mil neuf cent dix-huit de Kevin Kerr, Le Ventriloque de Larry Tremblay, La Fête sauvage de Mathieu Gosselin, Je voudrais me déposer la tête de Jonathan Harnois, Abraham Lincoln va au théâtre de Larry Tremblay, Mutantès de Pierre Lapointe, Rouge Gueule de Étienne Lepage, The Dragonfly of Chicoutimi de Larry Tremblay, Tom à la Ferme de Michel Marc Bouchard, Tristesse animal noir de Anja Hilling, Après moi le déluge de Luisa Cunillé et Bienveillance de Fanny Britt. Il a reçu le prix Gascon-Thomas en 2011, qui rend hommage aux artistes ayant contribué de façon exceptionnelle à l’épanouissement du théâtre au Canada.
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* Les tyrannies de la visibilité
Nicole Aubert et Claudine Haroche, Éditions Érès, 2011












Énorme pari d’aborder un phénomène aussi récent et complexe que les réseaux sociaux… Je suis bien curieuse de voir la manière dont le sujet est traité par l’auteur, d’autant plus que jusqu’ici je n’en ai entendu que du bien!
Le sommaire de la pièce m’a accroché et j’aimerais bien voir cette pièce
En lisant le sommaire de la pièce du metteur en scène, ça m’a donné le goût d’aller voir sa pièce.
Je pense que ce sera tout un défi de refléter les travers de l’univers virtuel à travers un monde physique, la scène. J’aimerais beaucoup voir le traitement qu’en font l’auteur et le metteur en scène. L’idée d’extimité attise d’autant plus ma curiosité.
Intéressant. J’aimerais voir cette pièce.
Je veux absolument voir cette pièce! Je viens de lire « Virtuel, mon amour » de Serge Tisseron, qui parle justement de ce phénomène d’extimité. Le lien social à l’ère du virtuel est une question qui me passionne. Je travaille actuellement sur un projet d’écriture où les relations entre les personnages serait troublée par le téléphone, par son omniprésence, par l’autre au bout du fil qui prend de plus en plus de place face à l’ami devant soi, en chair et en os…
A l’aube de la cinquantaine, je m’intéresse aux réseaux sociaux depuis ma tendre enfance. Trève de plaisanterie de bas niveau svp. J’aimerais bien voir cette pièce car ce phénomène (extimité) m’est totalement inconnu, les réseaux sociaux n’étant pas de mon époque. Je demeure d’ailleurs toujours étonné face à ce que les réseauteurs acceptent de dévoiler publiquement d’eux-mêmes, des trucs qu’autrefois, même sous la menace et la torture, ils n’auraient prononcer à cause des « qu’en dira-t-on ». Voyons donc voir ce qu’en disent Messieurs Corbeil et Poissant.
Quel sujet intéressant! Je veux voir ce que ça donne!
Deux éléments me sont inconnu. Le premier : Ce metteur en scène qui m’apparaît fort intéressant et intrigant et qui donne l’envie dans connaître d’avantage sur sa démarche artistique. Le deuxième: Ce mot: L’extimité pour lequel je crois comprendre, mais qui me permettrai surement de mieux le comprendre si j’ai la chance de pouvoir assister à une représentation de sa dernière création… Espérons.. Go!