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Mariouche Gagné : Il y a longtemps que je t'aime

Mariouche Gagné a fait connaître ses créations de fourrure recyclée à travers le monde. Sa griffe, Harricana, profite maintenant d’une visibilité extraordinaire: le moment rêvé pour se lancer dans une nouvelle aventure. Après avoir revampé les visons de nos grands-mères, Mariouche s’applique à donner une seconde vie à leurs robes de mariée. Entrevue.

Voir: Qu’est-ce qui vous a amenée à développer ce nouveau produit?

Mariouche Gagné: "Les maris de mes clientes me demandaient parfois, à la blague, si je reprenais les robes de mariée. Ils étaient ravis de débarrasser le coffre de cèdre des vieilles fourrures, mais leurs femmes refusaient de se défaire de leurs robes. Le tout est donc parti de cette pseudo-blague."

Réalisez-vous un fantasme de jeune fille en travaillant les robes de mariée?

"À la base, j’aime travailler les belles matières, mais je ne suis pas "fifille" et je n’ai jamais rêvé de me marier. Tous les projets finaux des autres filles, lorsque j’étudiais en design de mode, étaient de grandes robes de princesse. Moi, je voulais faire des vêtements de plein air adaptés aux expéditions dans le Grand Nord. Mais je développe ce projet de robes recyclées depuis un an, et ma vision de la chose a évolué. Je fais beaucoup de recherches et, oui, je vois des trucs qui ressemblent à des gâteaux ou à des choux, mais je vois aussi des créations qui ont beaucoup de gueule."

Qui est la mariée Harricana? Une écolo invétérée? Une romantique éprise de traditions?

"Il y a un peu des deux. Plusieurs de mes clientes ont envie d’un produit plus écologique, mais aussi d’une robe qui a une âme, du vécu. Comme moi, les femmes qui me demandent de leur retailler une robe de mariée dans celle de leur mère ou de leur grand-mère préfèrent un meuble qui a une patine plutôt qu’un truc de chez IKEA."

Pouvez-vous recycler n’importe quelle robe?

"Pour autant que la matière soit intéressante, oui. Même si la soie est jaunie ou que l’ourlet est éventé, on découd la robe, on la met à plat. On peut aussi la teindre avec du thé ou alors en gris ou même en noir. On récupère les éléments les plus intéressants et on recommence. Et puis certaines personnes ne veulent pas refaire une robe, mais décident de faire un chapeau, un coussin. Il est même possible de tailler une superbe chemise pour homme dans une belle soie. Comme ça, même les gars peuvent porter la robe de leur mère!"

Jusqu’à quel point peut-on transformer une robe? Répondez-vous aux clientes qui veulent la lune que sky is the limit?

"Oui, sky is the limit. J’ai des clientes qui viennent de Paris pour faire leurs essayages, disons que je dois pouvoir satisfaire leurs désirs. Ce sont des femmes impressionnantes, des femmes de tête qui savent très bien ce qu’elles veulent. Mon devoir, c’est de bien les comprendre. La seule chose sur laquelle je ne peux pas faire de compromis, ce sont les délais de production. La main-d’oeuvre qualifiée ne court pas les rues. Il faut compter trois ou quatre mois pour une création."

Quel est le prix moyen de l’une de vos créations?

"La fourchette est vraiment large, mais disons qu’il n’est pas vraiment possible de s’en tirer à moins de 1000 $. Or, souvent, après deux ou trois modifications supplémentaires, la robe pourra être recyclée à nouveau en jolie vêtement d’été."