Dans l’esprit de plusieurs, design, artisanat et art évoluent dans des sphères très différentes. Pourtant, en s’émancipant du fameux credo […]

Dans l’esprit de plusieurs, design, artisanat et art évoluent dans des sphères très différentes. Pourtant, en s’émancipant du fameux credo moderniste "la forme suit la fonction", les designers des années 1970 ont fondé le développement de leur pratique sur la culture et le savoir-faire locaux. Depuis, les designers nourrissent leur créativité en se replongeant dans une tradition culturelle et artisanale. Chez Baccarat, un Arik Levy remet au goût du jour certaines méthodes de production abandonnées depuis longtemps; un Philippe Starck s’inspire d’un style de mobilier de l’Ancien Régime. Au Québec, ces échanges entre art, artisanat et design, bien que souvent moins médiatisés, sont tout aussi présents. Le designer de mode Jean-Claude Poitras réinvente la production traditionnelle du vitrail en s’inspirant de la littérature et du cinéma; la société Lumid collabore avec des artisans pour concevoir des luminaires monumentaux que l’on retrouve dans des hôtels, casinos et restaurants d’Amérique du Nord.

Mise en danger

C’est pour souligner l’apport positif de ces échanges interdisciplinaires que le designer d’événements Yves Lessard a eu l’idée de monter l’exposition En verre et contre tout!. "C’est un prétexte pour une mise en relation des différents intervenants d’un projet de design, qu’ils soient artistes, manufacturiers, artisans ou designers. Car, au-delà des raffinements technologiques, le design est le fruit d’un échange entre personnes", explique-t-il. On découvrira ainsi des paravents en verre conçus par Jean-Claude Poitras pour Vitre-Art, un lustre imaginé par l’artisan Robert Lepage (à ne pas confondre avec son homonyme dramaturge) pour Lumid, un monotype de l’artiste graveur Petru Voichescu intégrant le verre thermoformé de l’artisane verrière France Grice… La plupart des oeuvres présentées ont été produites pour les fins de l’exposition et montrent combien la fusion des disciplines peut stimuler la créativité. "En transgressant les limites de sa pratique, le créateur se met en danger en s’aventurant sur un terrain inconnu qui est propice à l’innovation. C’est par une mise en abîme que le design devient créatif et donc performant", souligne Yves Lessard.

Fusion des disciplines

Un exemple remarquable de ce catalyseur de créativité qu’est la fusion des disciplines est le travail que Jean-Claude Poitras a réalisé depuis près de 40 ans. Dès ses débuts, il considère l’art et l’artisanat comme partie prenante de sa pratique de designer de mode. "Mes coupeurs et mes patronnistes étaient des artisans que je mettais au défi de réaliser les robes que m’inspiraient le cinéma et la littérature", se souvient-il. Diane Keaton dans Annie Hall lui inspirera sa première collection, tandis que son goût pour les châles lui vient sans doute de sa fascination pour le personnage de Marguerite Yourcenar. À partir de 2003, il franchit le pas entre design et artisanat. "En chaque designer sommeille un artisan", dira-t-il. Après les arts de la table et le mobilier, il va jusqu’à imaginer une maison pour Bonneville. Aujourd’hui, sa collaboration avec Vitre-Art l’amène à rajeunir la production artisanale en proposant une collection de vitraux qui inventent de nouvelles textures et jouent avec les formes et la lumière. "Le designer apporte un autre regard sur l’artisanat, tout comme l’artisanat le pousse à redéfinir sa pratique", conclut-il.

Artisanat industriel

Face à la machine productive asiatique, le design occidental s’arrache les cheveux, à la recherche d’idées nouvelles. Parmi les solutions concurrentielles, l’artisanat ouvre parfois des perspectives inattendues. C’est ainsi que des sociétés comme Lumid tirent leur épingle du jeu de la concurrence internationale. De l’hôtel de ville de Montréal aux librairies américaines Barnes & Noble, en passant par des restaurants, des hôtels et des casinos à travers le Canada et les États-Unis, le manufacturier de luminaires s’est positionné dans un créneau qui lui réussit. "Nous faisons de l’artisanat industriel, avec des petites séries alliant technologies de pointe, finitions manuelles, innovation et création artisanale", commente Dominique Alary, fondateur de Lumid. La société s’associe ainsi avec des artisans de talent, comme la céramiste Pascale Girardin, dont les installations organiques se retrouvent de Toronto à Dubaï, ou Robert Lepage, qui a notamment réalisé tous les luminaires de la résidence de Guy Laliberté. "En fabriquant sur mesure des produits combinant qualité et créativité, nous arrivons à nous démarquer de la concurrence internationale", résume Dominique Alary.

En verre et contre tout!
Du 25 septembre au 6 novembre
Au Café Quebecor du Monument-National
Rencontre avec les créateurs: 25 septembre
www.villedeverre.com

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