Les francos l’appellent Le Moineau, les anglos, The Sparrow. Mais tous l’aiment pour sa cuisine jeune et revigorante. Voilà un resto qui sait bousculer les traditions avec beaucoup de goût. Un coup de coeur.

Tout a commencé par une bête soupe froide. De persil. Dans une jolie assiette creuse fleurie très british. Un velouté froid et savoureux, ne laissant transparaître que le délicieux arôme de cette herbe qui sert habituellement de décor aux plats des plus banals. Une soupe de persil, vraiment? C’est possible, et carrément renversant. Pas un lambeau à se coller sur la dent: rien ne filtre de ce liquide limpide, sapide. Nous nous sommes dit: quel endroit!

Un petit coup de coeur, ce Moineau. Niché sur Saint-Laurent, en plein coeur du Mile End, fréquenté par une faune brancho-anglo-cool, ce joli oiseau a tout pour plaire. D’abord, une déco ravissante avec plafonds cuivrés embossés et murs de briques et bois, et ensuite, un service ultra-sympathique, détendu et chaleureux. On s’y retrouve à l’heure du midi, ou les fins de semaine, pour des brunchs interminables, surtout dans le coin salon avec ses sofas confortables.

À l’image de la cuisine, celle que l’on qualifie désormais de comfort food, à l’anglaise, sans prétention mais vraiment bien foutue. Son auteur -retenez bien son nom car il va faire fureur – s’appelle Marc Cohen. Tout juste 25 ans et bourré de talent. Il nous arrive de Londres et transforme sans ambages l’image décatie que l’on peut se faire de la cuisine britannique.

AU MENU

Mettez vos tuques de laine et vos plus belles fripes pour venir déguster cette merveilleuse cuisine. Le Moineau (ou Sparrow, c’est au choix) n’offre pour l’instant qu’une simple carte les midis, pour se transformer en fabuleux lieu à brunch les fins de semaine. Ici, point d’alcool (en attendant le permis), mais de l’eau pétillante et un pétillant menu. Dès le vendredi, c’est la queue à l’entrée. Une réussite à laquelle les proprios ne s’attendaient même pas. La recette du succès? Une cuisine maison bien peaufinée, rassurante. Ce don d’utiliser des ingrédients simples et de qualité, pour leur donner une tournure toute gourmande. Le tartare de saumon, par exemple. Tellement frais qu’il n’a besoin que d’un trait d’excellente huile d’olive fruitée. On le saupoudre d’un peu d’oeuf dur, de fleur de sel et de poivre du moulin. Prenez le croûton et régalez-vous.

Suit une splendide assiette de confit de porc: sur une grande tartine de pain frais, le chef dépose ce mélange de lentilles et de choux braisés, impeccables. Le porc est saisi en surface, croustillant, et si tendre à l’intérieur. Un petit festin servi en portion plus que généreuse.

On aurait bien aimé vous parler du fish & chips du chef, il paraît qu’il est terrible. Malheureusement, pas cette semaine. À la place, deux filets d’omble chevalier, impeccablement saisis, sur un braisé de fenouil et de pommes de terre nouvelles. Désemparant de simplicité et de bon goût. Ce chef a décidément une touche magique pour transformer la banalité en trésor.

LE BRUNCH

Nouveau passage le samedi suivant pour le brunch. Très populaire, en passant. Et pour cause: tout est préparé sur place, avec soin. L’oeuf bénédictine, ce grand classique, propose un oeuf poché bien coulant sur un muffin maison et du saumon fumé… maison. Avec un petit lit d’épinards pour appuyer le tout. Parfait. Si c’est encore la saison, sautez sur l’assiette de chanterelles et oeuf frit sur pain de soude, un pain rapide levé au bicarbonate… de soude. Une réussite. Et évidemment, comme tout bon Anglais qui se respecte, Marc Cohen prépare de jolis scones (avec confiture de fraises et crème fraîche épaisse) et, au rayon des curiosités, des rognons avec cresson sur pain grillé.

DOUCEURS

Nous nous sommes roulés par terre grâce au trifle, une variante anglaise du tiramisu, si vous préférez, avec crème pâtissière au chocolat, génoise et framboises dans un grand verre, qui se vide en un tournemain. Riche, subtil, délicieux. Au brunch, ne ratez surtout pas les beignets à la banane et au chocolat, servis encore tout chauds. Intensité du fruit et du cacao au rendez-vous. Vraiment extra!

EMBALLANT /

Tout: le service, le décor, la faune, l’ambiance musicale (de la musique classique plutôt que l’inévitable techno-lounge) et, évidemment, la force tranquille de cette gastronomie soignée sans aucun chichi. Un rapport qualité-prix difficile à battre, franchement.

DÉCEVANT /

On attend le permis d’alcool avec impatience, ingrédient indispensable d’un repas complet. Mais le pire? Impossible de réserver pour moins de quatre personnes. Très irritant. Alors on a triché: nous étions trois, et on a fait semblant d’attendre le quatrième. Je reconnais ma mauvaise foi, mais c’était pour la bonne cause…

COMBIEN? /

En semaine comme les week-ends, pensez à préparer une vingtaine de dollars par personne. Pas de carte de débit ou de crédit, n’oubliez pas vos billets frais.

QUAND? /

Du mercredi au vendredi, de 11 h à 15 h pour les lunchs. Samedi et dimanche, de 10 h à 15 h pour les brunchs. Ouverture le soir? D’ici quelques semaines, mais les proprios n’ont pas encore fini de penser au concept. Surprise.

OÙ? /

Le Moineau / The Sparrow
5322, boulevard Saint-Laurent
Réservation (pour quatre et plus) très recommandée: 514 690-3964

Tout cuit dans le bec Critique par - 2009-09-10
Cote: 4

Partagez cette page

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Requis
Requis (ne sera pas publié)
Optionnel