Aux antipodes des casse-croûte haïtiens qui poussent un peu partout en ville, un restaurant créole chic vient d’ouvrir dans le Vieux-Montréal. L’Ïbiscus: une cuisine trad dans un décor classe.

L’Ïbiscus, avec un tréma sur le premier "i", comme dans Haïti, a pris la place du défunt Loranger, qui avait lui-même remplacé La Boucherie, célèbre steakhouse de Pierre Marcotte et Shirley Théroux. Au 343, rue Saint-Paul Est, les restaurants se succèdent mais ne se ressemblent pas. De l’ancien Loranger, l’Ïbiscus a conservé l’élégant mobilier et les tables nappées. Les pans de fausse fourrure sur les murs ont été avantageusement remplacés par de grandes et belles toiles réalisées par la fille de la propriétaire des lieux, madame Christine Deetjen.

Nous nous sommes pointés à l’Ïbiscus un frisquet jeudi de novembre, un soir où il n’y avait pas un chat dans les rues… ni dans le resto. Nous y sommes retournés le lendemain et heureusement, l’ambiance était au rendez-vous. Au fond de la salle, une tablée de jeunes fashion d’origine haïtienne papotaient joyeusement. Le centre était occupé par un groupe d’infirmières d’origine haïtienne qui fêtait à grands coups d’éclats de rire, l’une des leurs fraîchement retraitée. À gauche et à droite, quelques touristes se photographiant à qui mieux mieux, mais il y avait aussi des couples montréalais au teint blême, en tête-à-tête. En trame musicale, des airs créoles. On imagine bien Dany Laferrière entrant dans le resto avec une bande d’amis pour sabler le champagne et célébrer son prix Médicis.

À TABLE!

Pour avoir un tour d’horizon des entrées, il est judicieux de choisir l’assiette de fritailles, qui se partage à deux. Déposés sur un lit de laitue fraîche et un mélange de poivrons et oignons frits, des accras de malanga aux épices créoles (le malanga est un tubercule provenant des Antilles qui s’apparente à du manioc) côtoient des marinades de morue et de poulet. Il y a aussi de la chiquetaille de morue et de harengsaur, le mot chiquetaille signifiant "effiloché". Des bananes plantain frites et du piklise (salade de chou et carottes piquante) complètent le tout. La pâte frite des accras et des marinades craque sous la dent, dévoilant à l’intérieur des farces moelleuses et chaudes. C’est savoureux et très comfort.

Pour la suite, on retrouve des plats principaux de poulet, porc, boeuf, crevettes et un poisson du jour. Allons-y pour le griot, des cubes de porc à l’orange, et un duo poitrine-cuisse de poulet à la créole. Dans les deux cas, la viande est sèche à l’extérieur et tendre à l’intérieur. Les deux se présentent flanqués des mêmes accompagnements: du riz mélangé à des fèves noires, des bananes plantain et des poivrons frits de différentes couleurs. Le poulet est enrobé d’une sauce tomate douce et parfumée au thym. Au premier coup d’oeil, les portions de viande semblent peu généreuses. Mais finalement, avec les entrées qui sont assez bourratives, nous sommes vite rassasiés.

Par définition, la cuisine créole traditionnelle est humble et paysanne. Or, dans un décor aussi soigné, il aurait été intéressant de découvrir une cuisine créole actualisée et un brin plus raffinée. On goûte ici à du pur trad. Mais l’offre est tout de même sympathique. Et madame Deetjen est tellement fière d’avoir déniché ce beau local! On souhaite à son resto longue vie!

PETITES DOUCEURS

Côté desserts, nous optons pour le gâteau au coconut et le pain patate. Le troisième choix: du pain perdu. Le gâteau, moelleux et servi en portion généreuse, goûte celui que ferait notre mère ou grand-mère. Le pain patate est, disons, particulier! Ce dessert traditionnel est fait à partir de patates douces. Pas le tubercule orangé que l’on retrouve en épicerie, mais une patate d’Haïti, à la pulpe blanche. Une fois transformée en purée et cuite, elle devient brune, puisqu’elle est mélangée à de la cassonade et des épices. Des petits raisins secs trempés dans le rhum l’accompagnent. Je crois qu’il faut être familier avec ce dessert pour l’apprécier à sa juste valeur. La propriétaire nous informe que la carte des desserts sera bonifiée au cours des prochaines semaines.

EMBALLANT /

L’accueil chaleureux de madame Deetjen, qui n’hésite pas à piquer une jasette avec ses clients. Le service très pro des jeunes serveurs et serveuses, particulièrement de Pascal et de Rafaël.

DÉCEVANT /

Le décalage entre la rusticité des plats et l’élégance du décor. En entrant, on s’attend à une coche au-dessus en termes de raffinement culinaire.

COMBIEN? /

Le soir, comptez environ 80 $ pour deux, avant taxes, vin et service. Le midi, la table d’hôte varie de 17 $ à 25 $.

QUAND? /

Du mardi au vendredi, midi et soir; les samedis et dimanches, soir seulement, durant les mois froids. Réouverture les samedis et dimanches midi, au retour des beaux jours.

OÙ? /

Ïbiscus
343, rue Saint-Paul Est, 514 866-1515
www.ibiscus.ca


Fine fleur d'Haïti Critique par Voir - . Cote: 3

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