Ne cherchez pas la région de l’Innucadie sur une carte de Duplessis. À l’instar de l’Acadie, il s’agit d’un territoire de l’intérieur que l’on visite avec un simple passeport du coeur.

Du 7 au 11 juillet prochain se tiendra le Festival du conte et de la légende de l’Innucadie (FCLI). Ce mot-valise réfère aux deux nations qui composent le paysage natashquanais: les Innus et les Acadiens. Madelinnu aurait aussi pu convenir, car les pionniers blancs avaient pour origine directe l’archipel des Îles-de-la-Madeleine.

Une partie de la Côte-Nord doit sa création à un certain Isaac Coffin. Comme le gouvernement anglophone de l’époque avait confié l’archipel à ce Bostonnais et qu’il pressait un peu trop le citron des Madelinots, ces derniers ont décidé d’aller voir ailleurs s’ils y étaient.

Visiblement pas très attirés par l’urbanisation, une vingtaine de révoltés accostent la goélette La Mouche à Kegaska en 1855 et bougent ensuite vers Natashquan et Pointe-aux-Esquimaux (aujourd’hui Havre-Saint-Pierre). D’autres familles madeliniennes suivront, si bien qu’en 1861, on compte plus de 100 habitants dans le coin avec une majorité de noms rappelant les familles fondatrices: Vigneault, Landry, Cormier, Lapierre, Thériault…

Bien sûr, les Innus fréquentaient sans doute la région bien avant eux, comme en témoigne le nom Nutashkuan ("là où l’on chasse l’ours").

Si le village a connu de prospères années et un accroissement de la population jusqu’au début du 20e siècle (jusqu’à 600 habitants), la piètre gestion des ressources halieutiques lui a fait très mal et plus de gens se sont servis de l’allongement de la route 138 pour descendre au sud que pour monter au nord. Aujourd’hui, moins de 300 habitants d’origine acadienne voisinent avec une communauté d’environ 1000 Amérindiens.

L’ART DU CONTE

Innucadie en sera à sa cinquième édition et il s’agit du seul événement du genre sur la Côte-Nord. Mais pas au Québec, puisque le conte semble avoir le vent dans les voiles depuis une dizaine d’années. On n’a qu’à penser à Fred Pellerin, élevé au rang de superstar de la parole contée.

De fait, le FCLI s’inscrit dans une volonté de revitaliser le village en mettant en valeur l’unicité culturelle et patrimoniale que Gilles Vigneault s’est époumoné à clamer aux quatre coins de la francophonie. Heureux soit-il, le troubadour n’est plus seul à porter son message. Une première cette année, on apprendra même aux amateurs comment faire. Cette école du conte débutera avant le festival et se poursuivra tout au long de l’événement afin de couvrir une dizaine de jours – un scoop juste pour vous, puisque la programmation ne sortira officiellement que dans quelques jours.

Sachez également que l’historien et vulgarisateur bien connu Jacques Lacoursière agira en tant que président d’honneur de cette édition qui comptera sur une douzaine de conteurs pour charmer les oreilles avides de récits oraux.

Autrefois sous la tutelle de la Copacte, l’événement s’est montré à ce point dynamique qu’une corporation indépendante a dû être créée pour s’y consacrer.

Il faut souligner que son unicité a attiré l’attention de l’UNESCO. Ce n’est en effet pas tous les jours que deux cultures fondatrices joignent leurs voix à l’intérieur d’un même événement culturel.

À nous d’en profiter. En cette ère rapide et ultra informatisée, quel bonheur que de voyager sur les simples ailes dépouillées de l’imagination! ?

Copacte Natashquan: www.copactenatashquan.net 1 866 726-3054

Tourisme Duplessis: www.tourismeduplessis.com 1 888 463-0808

L’auteur tient à remercier Chlorophylle pour sa contribution à ce reportage (www.chlorophylle.net).

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ÉCHOUAGE VOLONTAIRE

De juin à octobre, le café-bistro de l’Échourie accueille la visite. En ces lieux éloignés des grands centres, comme il faut faire flèche de tout bois, l’endroit fait également office de galerie d’art et de salle de spectacle (films, musique, variétés…). Les soirées du Festival Innucadie s’y déroulent d’ailleurs majoritairement. En dehors des heures d’intenses activités, il s’agit du parfait coin pour bouquiner, relaxer ou jaser un brin avec les locaux, toujours contents de parler avec un "sudiste".

Il est facile de découvrir le village à pied sans omettre aucune attraction touristique. Certains circuits en valent la semelle, comme ceux du Parcours des Anciens, du Pas du portageur ou même celui qui vous mènera sur la superbe plage marquant le début du littoral. Découvrez-y ce qui a bien pu inspirer si profondément notre Vigneault national. (55, allée des Galets, Natashquan, 418 726-6005, echourie.jimdo.com)

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