Blackface/face noire

18 décembre 2014 9h11 · Hamza Abouelouafaa

 

Je vous défie de regarder cette vidéo sans éprouver un malaise. Si vous l’éprouvez, c’est plutôt bon signe. Signe de votre humanité. On connait le chemin de croix qu’a subit la communauté noire, non seulement le passé esclavagiste, mais toute l’injustice et la discrimination qu’on leur sert dans nos sociétés dites modernes. Le blackface est la pointe visible de ces affronts, sous couvert de l’humour, on caricature à outrance et le rire n’est plus suffisant pour cacher le malaise. Il est légitime de l’éprouver, à chaque fois. Même au théâtre, même dans une représentation artistique, même à l’halloween, même pour amuser ses collègues au bureau, même candidement.

Le geste est trop connoté, trop chargé historiquement pour lui prêter une innocence. Il y eut, et il y a un réel rapport de domination entre les Blancs et les Noirs, et évidemment le blackface renvoie à ce rapport.

Autour de la polémique qui incendie le Rideau vert, les arguments que j’entends font de fausses analogies : « si on se déguise en vieux, en blondes, en moustachus, en médecins, en grand-mère, va-t-on offusquer ces catégories de gens ? ».  Voyez-vous, il n’y a pas de rapport de domination entre ces catégories. Suivant cette logique, je pourrai comprendre que des femmes trouvent insultant qu’un homme se travestisse pour les imiter. Donc, quand le comédien Marc St-Martin dans toute sa sublime blancheur se farde de noir pour interpréter le plus noir des joueurs du Canadien, il y a là matière sensible.

Commémorer cette réalité historique, admettre ce rapport de domination, comprendre le malaise, voilà le travail qui me semble approprié. Ceci fait, le discernement est de mise. Quoi faire dans une rétrospective satirique où on imite, où on personnifie des vedettes québécoises, Pk Subban en l’occurrence ? Il y a peut-être dans cet exercice théâtral des effets atténuants. On n’instaure pas un rapport hiérarchique entre les personnes imitées, on tente au contraire dans la dérision qu’on leur prête de les mettre sur le même pied d’égalité.  On rit de ce qu’ils incarnent dans la sphère public, on amplifie leurs travers, et dans toute cette satire, il n’y a pas une visée ou un discours racial.

On peut donc comprendre et excuser le choix de cette pratique dans ce contexte bien précis. Mais, on peut aussi réaliser qu’elle puisse heurter bon nombre de gens. Ceux qui systématiquement accusent ces gens de vouloir museler la liberté d’expression font preuve de très peu d’empathie. Et puis, dans tout ce débat, quelqu’un a pensé demander l’avis de PK Subban?

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