Elles étaient cinq (FFM) : Elles étaient cinq de Ghyslaine Côté
Cinéma

Elles étaient cinq (FFM) : Elles étaient cinq de Ghyslaine Côté

Film d’ouverture du FFM, Elles étaient cinq de Ghyslaine Côté raconte le drame de quatre jeunes femmes qui reviennent 15 ans plus tard sur les lieux où l’une d’elles a été violée et témoin du meurtre d’une amie. Rencontre avec la réalisatrice et les actrices.

Elles étaient cinq de Ghyslaine Côté a tout du drame que l’on regarde avec une boule au travers de la gorge, car chacun trouve un écho dans ce récit de meurtre et de viol mille fois entendu, ce type de fait divers sordide qui passe inaperçu dans les journaux jaunes, mais qui détruit la vie des victimes et de leurs proches. Pourtant, au-delà de l’histoire d’horreur vécue par Manon (Jacinthe Laguë), Elles étaient cinq s’avère un film sur la force de l’amitié et de l’amour. Un film porteur d’espoir qui ne porte pas de jugement: "Je ne pourrais pas faire un film qui ne serait pas porteur d’espoir, explique la réalisatrice. Chaque auteur a le droit de s’exprimer comme il le sent, que ce soit dans le drame, le suspense ou la comédie; moi, comme artiste, je ne pourrais jamais faire quoi que ce soit qui ne transporterait que du désespoir, peu importe le sujet. C’est mon leitmotiv."


Jacinthe Laguë et la réalisatrice Ghyslaine Côté.

Visiblement fébriles à quelques jours de fouler le tapis rouge, Ingrid Falaise, Julie Deslauriers, Noémie Yelle et Jacinthe Laguë, quatre des interprètes d’Elles étaient cinq (Brigitte Lafleur n’ayant pu être présente le jour de l’entrevue), avouent que c’est cette lueur d’espoir qui les a séduites dans le scénario de Chantal Cadieux auquel a collaboré la réalisatrice. De sa voix douce, Jacinthe Laguë résume leur pensée: "Les premières personnes à qui j’ai pensé à la lecture du scénario, ce sont mes nièces. Je suis contente d’avoir abordé le sujet pour elles et pour moi; le scénario m’apparaissait archi-corsé au début; heureusement, la réalisatrice nous a amenées ailleurs grâce à cette notion d’espoir que porte le film." Incarnant Anne, qui deviendra une mère protectrice, Julie Deslauriers poursuit: "J’ai l’impression qu’il y a un heureux équilibre dans le film; par moments, ça épouvante, par moments, ça émeut, à d’autres instants, on grince des dents parce qu’on ne veut pas voir ou savoir ce qui s’est passé. En même temps, il y a cette beauté à travers tout ça." "Une beauté qui est soulignée, de renchérir celle qui incarne Manon, on voit la nature, la beauté de ces jeunes pleines d’espoir et de rêves. Et puis la naissance de l’amour entre Manon et Stéphane (Sylvain Carrier), qui la trouve belle malgré tout ce qu’elle a traversé."

Mais avant d’illustrer cette beauté, il faut bien démontrer le drame vécu par les deux jeunes filles, quelle approche adopter? Celle d’un Gaspar Noé, par exemple? "Irréversible est le genre de film qui laisse des cicatrices à l’imagination, avance Jacinthe Laguë. Est-ce que c’est sain de tout montrer? Je ne sais pas." Pour Ghyslaine Côté, le choix était évident: "Il y a beaucoup de films qui démontrent de la violence; je n’ai pas de difficultés à les regarder, mais personnellement, je n’ai pas envie d’en tourner. Dès le départ, j’avais donc décidé de ne pas tout montrer, plus je pouvais m’éloigner des éléments d’horreur, mieux j’étais. En fait, ce qui m’intéressait, c’était l’impact des libérations conditionnelles chez les victimes, donc il fallait montrer ce qui s’était passé, mais sans m’y attarder."

Pourquoi ne vouliez-vous pas montrer le visage du criminel (Peter Miller)?
"J’y ai beaucoup réfléchi, explique la réalisatrice. Je me suis demandé comment créer des valeurs avec ce film, mais sans donner un coup de massue à tous les agresseurs signifiant qu’ils ne pourraient jamais s’en sortir. Je ne donne pas de réponse avec le film et je ne voulais pas le faire visuellement non plus. Tant qu’il est un monstre, qu’il ne se comporte pas comme un être humain digne de ce nom, je ne le regarde pas, je ne montre pas son visage. Lorsque des gens commettent des choses pareilles, ils ne méritent pas le nom d’être humain, mais ils ont le droit de s’en sortir. Donc, à partir du moment où l’on pense que le violeur peut être à nouveau un représentant de la race humaine, on lui donne un visage. "

Film de filles
Au cours de l’entrevue avec les comédiennes, qui tiennent leur premier rôle important au grand écran, le mot "complicité" revient très souvent. Interprète de la blonde Isa, Ingrid Falaise raconte: "Je crois que ç’a vraiment cliqué quand nous nous sommes rencontrées toutes les cinq, nous avons donc pu créer un lien qui est resté tout le long du tournage et que nous avons gardé par la suite. Chacune de nous était très généreuse et respectueuse envers les autres; je dirais que c’est ce qui m’a le plus marquée durant ce tournage." Julie Deslauriers va dans le même sens: "C’est par les silences et les regards que sont nés cette grande complicité et ce profond respect parce que nous n’avons pas pu nous connaître vraiment avant et pendant le tournage où nous avions peu de temps pour réellement discuter de nos personnages et des scènes difficiles."

Au dire de Noémie Yelle (Sophie), les fous rires fusaient sur le plateau malgré les émotions intenses que les actrices devaient ressentir, plus particulièrement lors des scènes violentes qu’elle a dû tourner avec Peter Miller. Pour la jeune comédienne cependant, il n’était pas question qu’elle rencontre des victimes de viol pour mieux plonger dans l’univers d’Elles étaient cinq; à l’instar de ses compagnes de plateau, elle affirme que le scénario était assez solide pour qu’elles puissent s’y accrocher. C’est d’ailleurs la force du scénario qui leur a donné l’envie de s’investir totalement: "Avant le tournage, nous nous étions promis de nous donner toujours autant de jus, d’énergie; peu importe le nombre de fois où nous aurions à reprendre une scène, peu importe sur qui la caméra se posait, nous allions faire chaque scène à fond."

Film écrit, réalisé et joué par des femmes, Elles étaient cinq s’adresse à tous: "J’espère que les gens vont réfléchir, conclut Ghyslaine Côté, mais j’espère surtout que peu importe les cicatrices qu’ils auront, qu’ils puissent dire qu’elles se sont fermées après avoir vu le film afin qu’ils puissent passer à autre chose. Ça me ferait très plaisir."

En salle dès le 2 septembre.

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