Nouvelle-France : Le lys brisé
Cinéma

Nouvelle-France : Le lys brisé

Nouvelle-France, colossale fresque historique de Jean Beaudin, nous transporte à l’époque où la France perdait sa colonie aux mains des Anglais. Rencontre avec le réalisateur, Noémie Godin-Vigneau et David La Haye.

Coproduit avec la France et l’Angleterre, Nouvelle-France de Jean Beaudin devient, avec son budget de 33 millions de dollars, la plus grosse production québécoise à ce jour. Un projet gigantesque, tourné simultanément en français et en anglais, auquel le producteur Richard Goudreau aura consacré pas moins de six ans. Vaguement inspirée de la Corriveau, cette histoire d’amour campée durant les derniers jours de la Nouvelle-France raconte la passion déchirante existant entre Marie-Loup Carignan (Noémie Godin-Vigneau), jeune veuve indépendante, terrienne et sensuelle, et François Le Gardeur (David La Haye), coureur des bois intellectuel possédant une conscience sociale. Également épris de la belle Marie-Loup, le curé Blondeau (Gérard Depardieu) empêchera cette dernière d’aller rejoindre l’homme qu’elle aime lorsque celui-ci s’embarquera pour la France afin de plaider la cause de la colonie française auprès de Voltaire et de madame de Pompadour.

Au milieu d’une distribution internationale de haut calibre – où l’on reconnaît Pierre Lebeau et Monique Mercure pour le Québec, Irène Jacob et Vincent Perez du côté des Français ainsi que le Britannique Tim Roth – brille Noémie Godin-Vigneau: "Je ne crois pas porter le film sur mes épaules, de raconter la comédienne originaire de Hull. Nous sommes plusieurs à le faire. Disons que Marie-Loup est le fil conducteur; c’était bien de jouer un personnage avec beaucoup de chair, de grandes passions, de belles valeurs. Au départ, je ne me doutais pas que c’était un projet aussi colossal. Pour moi, c’était un rêve de tourner dans un film d’époque qui se passait chez nous. Petit à petit, tu apprends qui jouera dans le film et tu t’aperçois que le projet prend de l’ampleur. Cela dit, mon travail demeure le même, c’est-à-dire comprendre l’histoire et mon personnage."

À l’instar de Jean Beaudin et de David La Haye, celle qui a lu sur la Corriveau et l’histoire populaire tout en s’initiant à la culture innue avec Joséphine Bacon, qui travaille également avec Chloé Sainte-Marie, aimait la place que le scénariste Pierre Billon donnait à la culture amérindienne: "Il ne faut pas oublier que plusieurs Amérindiens ont été massacrés par les Blancs; évidemment, on ne le voit pas dans le film. Aussi, il y avait toutes sortes d’alliances entre les différentes tribus, les Français et les Anglais. Aujourd’hui, on continue d’isoler à l’extrême les Amérindiens, qui perdent leur culture et qui ont des problèmes d’alcoolisme. Donc, le fait de leur donner une place dans le film par l’entremise de la langue innue et du personnage d’Acoona (Bianca Gervais) me plaisait."

Pour Jean Beaudin, plus important encore était de remettre les pendules à l’heure: "Dans nos cours d’histoire, se rappelle le fougueux réalisateur, nous avons appris que c’était les "maudits Anglais" qui nous avaient attaqués; en fait, ils n’étaient pas méchants, ils faisaient ce qu’ils avaient à faire en prenant possession de territoires partout dans le monde. En fait, les écœurants, c’était les Français! Ce sont eux qui n’ont rien fait, qui n’ont envoyé ni argent ni armée, qui n’ont pas suivi le dossier. Quand on pense que Louis XV dépensait 10 fois plus d’argent par année pour les fêtes de Versailles que pour la Nouvelle-France! Cela m’apparaissait important de le dire à travers cette histoire d’amour."

Alors que les acteurs anglais et français ont pu garder leur accent, les comédiens québécois ont dû travailler dans une langue plus proche du français international que de la parlure québécoise: "Évidemment, l’accent québécois n’existait pas encore à l’époque, d’expliquer Beaudin. On y retrouvait tous les accents régionaux de la France et les Français perdent difficilement leur accent. Les accents d’ici ont commencé à poindre en 1759 lorsque les Anglais ont pris le continent; plus aucun Français n’est venu et peu d’entre eux sont repartis. Dès lors, le français s’est mêlé à l’anglais et aux langues amérindiennes; les canadianismes et les anglicismes sont apparus. Selon les historiens, ce n’est que 60 ans plus tard que cette langue qui est la nôtre a fait son apparition. Comme on ne pouvait pas reproduire tous les accents et que l’on voulait éviter que cela devienne la tour de Babel, il fallait donc choisir un accent qui allait tout de même se différencier de celui des Français."

Au dire de Beaudin, les comédiens québécois n’ont pas été intimidés de se retrouver sur le plateau avec des acteurs européens, dont l’imposant Gérard Depardieu: "Irène Jacob est une soie, j’ai adoré travaillé avec elle; Vincent Perez est hallucinant! Je sais que Depardieu peut être un monstre, mais on peut le diriger, le faire changer d’idée. On m’avait dit de lui que lorsqu’il sentait qu’on l’aimait, on pouvait faire ce que l’on voulait avec lui. Au fond, il est comme nous tous, il fait ce métier pour être aimé."

Habitué aux rôles de mauvais garçons ou exploitant des facettes plus sombres de sa personnalité, David La Haye a surtout eu peur d’incarner un personnage sans défaut: "C’est toujours plus intéressant de jouer les méchants, comme celui qu’incarne Sébastien Huberdeau. Heureusement que Jean était là pour m’accompagner dans ces zones de sensibilité, pour me dire ce qu’il voulait exactement." S’étant entraîné un mois et demi à l’escrime et à l’équitation, celui qui incarne le nouveau héros romantique du cinéma québécois retrouvait dans cette épopée romanesque des convictions qui lui sont chères. "Dans Nouvelle-France, il y a tout un côté politique et social en trame de fond; les Anglais et les Français se battent entre eux pour le territoire, ces deux peuples tuent les Amérindiens. D’une certaine façon, c’est le début de toute une civilisation moderne… et aujourd’hui, on retrouve à peu près la même chose avec les francophones, les anglophones et les autochtones qui tentent de protéger leur culture. Nouvelle-France, c’est donc la genèse de notre société. Avant tout, c’est un film sur la fidélité: la fidélité amoureuse et la fidélité à nos racines", de conclure le comédien. En salles le 19 novembre. w

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