Nouvelle-France : Flasque fresque
Cinéma

Nouvelle-France : Flasque fresque

Avec Nouvelle-France, Jean Beaudin se mesure à nouveau à l’histoire. Amour et arpents de neige garantis. Aucun échange ni remboursement.

Est-il nécessaire à ce moment-ci de résumer un film que les nombreux médias nous ont depuis quelques semaines préparés à attendre? Tout a déjà été dit sur cette histoire d’amour (gracieuseté du scénariste Pierre Billon), sur la qualité des effets visuels (gracieuseté de la société Hybride), sur l’indécence du budget (gracieuseté de Téléfilm Canada, de la France et du Royaume-Uni) et sur le talent de Noémie Godin-Vigneau (gracieuse tout court). Mais avions-nous raison ou tort d’appréhender "la fresque historique de Jean Beaudin"? Franchement, on ne pouvait redouter pire. Pour qui prend-on le spectateur québécois? Un pauvre idiot qui craint son passé au point de lui substituer l’historiette et l’anecdote?

"Quand l’amour survit à l’histoire" est probablement le plus beau pied de nez que le cinéma québécois ait pu faire à ses ancêtres et à la mémoire collective d’un peuple qui mérite bien mieux qu’une telle production dépourvue d’esprit et, ironiquement, dénuée d’histoire. Aussi, de quelle "fresque historique" parle-t-on ici? Par définition, une fresque présente un tableau d’ensemble d’une époque ou d’une société. Rien de tout cela dans Nouvelle-France, si ce n’est une vague allusion à la bataille des plaines d’Abraham, que le réalisateur s’excusera de ne pas avoir pu reproduire par manque d’argent – il en aurait coûté quatre millions de plus pour une minute et demie. Quelle blague. Quel culot.

Des dialogues creux aux personnages sans nuances, Nouvelle-France réussit par-dessus tout à amuser. On s’amuse de voir comme une véritable métaphore du film un imposant Gérard Depardieu qui ne cesse de mourir; on esquisse un sourire en voyant autant d’acteurs de talent sans aucune direction; on s’esclaffe en entendant de la bouche de ces mêmes acteurs une prose niaise qui, plus souvent qu’autrement, frise le ridicule (et Dieu qu’elle frise vite!).

On aurait souhaité un pastiche du "film d’époque" qu’on n’aurait certainement pas pu demander mieux. Ce qui est triste, par contre, c’est le sérieux et la prétention de l’entreprise. Et pensez au nombre de films que les millions gaspillés ici auraient pu contribuer à produire. Tout n’est pourtant pas si mal dans le film. Quel plaisir, en effet, de retrouver la trop rare Irène Jacob, et quelle joie de découvrir l’incontestable talent de Noémie Godin-Vigneau. Mais ce sont là de bien menus plaisirs à savourer dans ce long, mais alors là, long, très long deux heures et quart.

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