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Marie-Josée Croze : La vie parisienne
Cinéma

Marie-Josée Croze : La vie parisienne

Installée à Paris, Marie-Josée Croze vient d’enchaîner quatre longs métrages en une année. Les projets ne manquent pas et le téléphone sonne régulièrement. Pourtant, elle reçoit peu d’offres du Québec.

L’anecdote a fait le tour du monde. Marie-Josée Croze apprend qu’elle a remporté le prix de la Meilleure actrice à Cannes pour son rôle de Nathalie, la junkie intello, dans Les Invasions barbares de Denys Arcand, Chez Roger, rue Beaubien, durant l’émission de Christiane Charette. Dès lors, l’image d’anti-star lui collera à la peau: "Parfois, les gens me comparent à un plombier parce que je ne fais pas de mystères avec mon métier, explique la comédienne, jointe au téléphone à Paris. Je trouve que les acteurs ont souvent cette ambition de faire croire qu’ils exercent le plus grand métier au monde, ce qui est un peu fatigant; comme je suis en réaction contre ça, j’en remets un peu côté plombier, par provocation. Je ne suis pas très premières ni cérémonies; le plus important, c’est mon travail. J’ai une réflexion sur mon travail, mais une certaine pudeur m’interdit de l’étaler, car je ne crois pas que ce soit intéressant; on n’a pas envie de savoir que le père Noël porte une fausse barbe parce qu’on a besoin de magie. Lorsqu’on me demande comment je crée mes personnages, j’ai rarement envie de répondre parce que ce n’est pas très réjouissant; je trouve que ça détruit ce qu’on a tenté de faire. En même temps, le processus de création est parfois plus simple qu’on le pense ou plus douloureux de telle façon qu’on ne peut l’expliquer."

Peu après Cannes, les spéculations vont bon train; plusieurs s’entendent pour dire que ce prix d’interprétation ne changera rien dans la carrière de la comédienne québécoise. Pourtant, en un an, elle tourne coup sur coup quatre longs métrages, dont la comédie de mœurs de Laurent Tirard Mensonges et Trahisons, dans laquelle elle partage la vedette avec Édouard Baer: "Il est beau! lance spontanément Croze. Je lui disais tout le temps: "Tu es tellement beau"; et lui me disait: "Mais arrête, Caribou, c’est pas vrai!" C’est drôle, on ne dit jamais aux hommes qu’ils sont beaux; pour eux, c’est comme si on leur disait qu’ils sont cons, alors que nous les femmes aimons bien nous faire dire que nous sommes belles. Non seulement il est beau, mais il est très gentil."

Ce rôle de Muriel, femme déterminée aux antipodes des rôles ténébreux qu’elle a souvent incarnés, elle l’obtient en partie grâce au moyen métrage de Thomas Briat HLA identique, qu’elle tourne en 2000 avec Julie Depardieu, qui deviendra une bonne camarade, et Laurent Lucas. Au dire de l’actrice, un moyen métrage en France est une meilleure carte de visite qu’une série télé; à preuve, son nom commence à circuler sérieusement auprès des producteurs français peu après le tournage du film de Briat. Aussi, sa prestation dans Ararat d’Atom Egoyan en 2002 la révèle aux yeux des directeurs de casting de Mensonges et Trahisons. Toutefois, les essais n’auront lieu qu’à la suite du Festival de Cannes.

QUESTION D’ACCENT

Toute jeune, Marie-Josée Croze aimait le cinéma français, plus particulièrement les films de la Nouvelle Vague. À Paris, elle se sent chez elle puisqu’elle a toujours été attirée par le côté intellectuel des Français. Ainsi, pas de problème pour celle qui a étudié les arts plastiques d’emprunter l’accent parisien afin de se faire une place parmi les actrices françaises de sa génération. En France, personne n’y échappe, que l’on soit belge, suisse ou québécois, on laisse son accent au vestiaire.

Charmée plus qu’éblouie par le scénario de Tirard, Croze a su que l’ensemble pourrait être très drôle en apprenant que Baer allait avoir le rôle principal. Toutefois, jouer avec Édouard Baer, qui manie si bien la langue française, peut se révéler intimidant: "Je suis une inconditionnelle d’Édouard Baer depuis Nulle part ailleurs, son émission sur Canal +, raconte-t-elle. Je ne suis pas intimidée par la célébrité ni la beauté des gens, mais par le talent. Édouard est un type que je vénère, que je trouve extrêmement drôle, brillant et talentueux. J’étais impressionnée par lui, mais cela ne nuisait pas à mon jeu; au contraire, j’ai transformé cette énergie en excitation plutôt qu’en paralysie. Comme lui aussi m’aimait bien parce qu’il m’avait trouvée très drôle lors des essais (c’est effrayant les conneries que je disais!), on a bien rigolé."

Ricaneuse de nature, Croze relate les fous rires mémorables lors du tournage de Mensonges et Trahisons, notamment dus aux joutes verbales improvisées entre Baer et Clovis Cornillac. C’est d’ailleurs grâce à l’improvisation qu’elle a décroché le rôle, confesse la comédienne qui ne prépare plus ses auditions: "Préparer une audition, ça m’énerve! Je trouve ça idiot! Souvent, tu lis le texte la veille; moi, j’aime pouvoir rêver au personnage, réfléchir tranquillement, trouver des trucs, rencontrer des gens qui vont m’inspirer. Performer sur un texte appris aussi rapidement, c’est aller à l’encontre de ton métier parce que tu fais appel à des trucs techniques. À l’audition, je regardais Édouard dans les yeux, je lui parlais et ça le troublait. Au tournage, on a surtout improvisé le début et la fin de quelques scènes, mais en général, on ne jouait pas trop dans le texte. Tirard est un journaliste, donc il est très à l’écoute des autres; on se sentait bien avec lui car il est très bon public et sait s’effacer afin de nous laisser beaucoup de liberté."

LE MEILLEUR DES MONDES

Le prix à Cannes a été un véritable tremplin pour Marie-Josée Croze qui a reçu des offres des Américains et des Français: "Le formatage américain, ça ne m’impressionne pas, je trouve ça idiot. Ce que j’aime, c’est la singularité des êtres humains; donc, me retrouver dans cette machine, ce n’était vraiment pas mon truc. Faire deux ou trois essais pour jouer la copine de Denzel Washington qui l’attend dans son bain, me faire juger par des gens qui risquent de me rejeter à cause d’une ride au front, ce n’est pas de l’art! À Paris, j’ai l’impression d’être un artisan. Bon, j’exagère, on n’est plus au temps de Truffaut… Il y a aussi des dégueulasseries, le système est pourri partout, mais disons que j’ai choisi l’endroit où c’était le moins pire parce que l’idéal n’existe pas."

Et le Québec dans tout ça? Peu d’offres, mais l’actrice n’est pas amère: "Pour quelqu’un qui est formé pour le cinéma, comme moi qui n’ai pas fait d’école de théâtre – j’aurais aimé en faire, mais au Québec, c’est très cloisonné, donc je n’étais pas admise dans le groupe des théâtreux -, c’est plus difficile, car il y a très peu de cinéma au Québec et là non plus je n’ai pas été accueillie à bras ouverts. Une chose que j’ai vécue en France à plusieurs reprises avec des actrices de mon casting, c’est qu’on m’a tendu la main, contrairement au Québec où je n’ai pas toujours été prise au sérieux. En fait, je n’attends rien des autres; j’ai tellement vu de saloperies dans ma vie que je ne suis pas du genre à m’alarmer pour un rien."

N’ayant pu décrocher un rôle dans Solaris de Steven Soderbergh, Marie-Josée Croze peut se vanter d’avoir plusieurs projets intéressants devant elle, dont interpréter Clara Schumann chez Christina Comencini et une espionne à la James Bond chez Steven Spielberg. Plus encore, un film d’une réalisatrice chilienne inconnue, résidant en Suisse, avec Julie Depardieu: "Si on ne peut plus faire des projets humains, aussi bien se suicider!" s’écrie la comédienne qui n’évalue pas les scénarios en fonction du succès commercial. Intègre, Marie-Josée Croze? "La pureté aveugle, c’est de la démence; on ne peut pas tous finir comme Nietzsche!" de conclure cette amoureuse du cinéma.

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