C.R.A.Z.Y. : Des airs de famille
Cinéma

C.R.A.Z.Y. : Des airs de famille

C.R.A.Z.Y. marque le retour en force de Jean-Marc Vallée, réalisateur de Liste noire, qui signe ici une magnifique chronique familiale bercée par les voix de Patsy Cline, d’Aznavour et de Bowie. Rencontre avec quatre hommes formi-formidables.

Se déroulant de 1960 à aujourd’hui, C.R.A.Z.Y. met en scène une famille de la classe ouvrière, dont les parents, Gervais (Michel Côté) et Laurianne (Danielle Proulx), et les relations tantôt houleuses tantôt complices des cinq fils Beaulieu nous paraîtront à coup sûr bien familiers. Au milieu de ce clan tricoté serré se trouve Zach (Marc-André Grondin), un garçon qui se sent différent des autres et qui aura maille à partir avec son père qu’il admire tant: "Les Beaulieu, c’est une famille qui a plein de problèmes, commente Michel Côté, et c’est ce qui est merveilleux, car je n’ai jamais vu une famille aussi authentique, normale, dans le cinéma québécois. Gervais et Laurianne sont à 95 % des archétypes des parents québécois, peu importe leur classe sociale. Dans une famille normale, il faut se méfier des apparences; Laurianne est beaucoup plus pesante qu’elle ne le paraît. Dans un couple, lorsqu’il y a de l’amour, il y a un équilibre et Gervais et Laurianne s’aiment. De temps en temps, elle gagne, d’autres fois, c’est lui. Le film rejoint trois générations: les jeunes, les baby-boomers et leurs parents. La caméra s’attarde sur Zach, mais on aurait pu faire cinq films, car chacun des garçons est différent."

"On le fait, alors?" blague François Boulay, qui est l’origine du récit. Ami de longue date de Jean-Marc Vallée, ce diplômé de l’École nationale en dramaturgie est un redoutable conteur sachant tour à tour être drôle et émouvant. C’est d’ailleurs en l’entendant raconter ses récits de jeunesse que Vallée l’invite à coucher le tout sur papier. Quelques mois plus tard, le réalisateur reçoit une centaine de pages portant le titre Souvenirs en vrac: "Il m’avait pris au mot, se souvient Vallée, qui en avait assez de faire des films de commande. En le lisant, j’ai ri et j’ai pleuré… criss que c’était beau! On va le faire, le film, que je lui ai dit, on va faire un beau film!"

Sur ce, Boulay s’empresse d’ajouter: "Avec mon père, c’était simple, bien qu’il n’ait jamais voulu parler de mon homosexualité. Pourtant, il a toujours accepté mes amis. La seule fois où mon père m’a serré dans ses bras, c’est au décès de mon frère; d’ailleurs, cet événement est l’élément déclencheur du projet. Pour les besoins du film, il fallait bien créer un conflit. Jeune, j’en ai évidemment arraché, je me suis fait traiter de "fif", mais c’était comme ça dans ces années-là… et c’est encore un peu comme ça aujourd’hui. Cela dit, C.R.A.Z.Y. est librement inspiré de ma vie et j’ai vraiment pris plaisir à la transformer en fiction. Je crois que, dans chaque famille, on se sent tous différents et on peut donc tous s’identifier d’une certaine façon à Zach."

L’interprète de Zach poursuit: "Mon personnage est gay mais pas cliché, ce n’est pas une grande folle ni un travesti et ça ne se passe pas dans le milieu gay. Ce n’est pas un film sur l’homosexualité, il ne dénonce rien, c’est un portrait familial. Je ne veux pas minimiser l’homosexualité dans le film, mais l’histoire ne tourne pas autour de ça. Le point de départ, c’est un garçon qui recherche l’amour de son père. Il y a plein de scènes dramatiques ou d’émotion qui sont désamorcées par l’humour, ce qui fait en sorte que l’on sourit ou rit en ayant la larme à l’œil."

Il aura fallu plus d’une dizaine d’années avant que C.R.A.Z.Y. se concrétise. Vallée et Côté ont même refusé plusieurs contrats afin que le film voie le jour; excédé, Vallée a songé à aller le tourner aux États-Unis. Heureusement, l’interprète du patriarche Beaulieu l’a convaincu de le faire ici tant le film collait à la réalité québécoise: "Il y a une scène que j’aime particulièrement, raconte Côté, celle où Gervais dit ce qu’il pense de l’Église à Laurianne. En une ligne, on traite de la Révolution tranquille et on règle le cas de la religion. On aurait pu faire un film où on aurait parlé en détail de la Révolution tranquille, de la montée du nationalisme, mais on a plutôt préféré miser sur plein de petites allusions aux grands événements de l’époque, par les affiches et les émissions télé, par exemple."

Génération rock

Les nostalgiques des années 60 et 70, époque rock où les mecs fumaient à la chaîne, seront rassasiés, car on n’a pas lésiné sur les détails: "J’ai fait bien attention, révèle le réalisateur, j’ai fait une mise en garde à tous les chefs de département: ne faisons pas un beau film d’époque; soyons sales s’il faut être sales, patinons au besoin. Je ne voulais pas de belles coiffures et de beaux maquillages, je voulais que ça corresponde à la réalité. La fumée marque l’époque et le ridicule de ces gens qui fument autour d’un asthmatique. Je voulais illustrer le côté sexy de ces mâles qui sont à l’image de leur père; je leur ai même donné un cours pour savoir fumer comme à l’époque."

Marc-André Grondin renchérit: "Patrice Vermette, le directeur artistique, est un dieu; il a fait un travail incroyable, il a su créer des décors riches et authentiques. Pour moi, le directeur artistique, c’est comme le peintre du film. Jean-Marc est un perfectionniste qui sait exactement ce qu’il veut et l’avantage d’avoir un directeur photo d’expérience comme Pierre Mignot, c’est que ça lui prend 10 minutes pour créer un éclairage, car lui aussi, il sait exactement ce qu’il fait."

Afin de donner une âme à C.R.A.Z.Y., Vallée, qui a insisté pour être coproducteur du film, s’est payé un trip musical: "L’univers de Gervais est très Patsy Cline, Aznavour, Buddy Rich; il y a aussi les airs de mambo de la cousine (Marie-Loup Wolfe). L’univers d’Antoine (Pierre-Luc Brillant) et de Zach est très rock progressif: Pink Floyd, les Stones, Bowie, Jefferson Airplane, toutes des tounes qui sont pour moi comme des prières. Quand Zach chante "ground control to major Tom, can you hear me major Tom", c’est un appel de détresse. Selon moi, la musique est un personnage du film et elle en accompagne le côté mystique, tel le Chœur de l’Armée rouge pour les scènes parallèles entre Zach et sa mère."

Par ces airs country et rock, C.R.A.Z.Y. se veut un hommage à des valeurs que l’on néglige parfois en ces temps où le cynisme et la désillusion sont de mise: "Pour moi, C.R.A.Z.Y. est un film sur la foi, sur la mort, un hymne à la différence, peu importe ce qu’elle est, et à la tolérance; c’est un film mystique qui me fait beaucoup de bien. Ce n’est pas un film sur un coming out, c’est un combat intérieur que mène Zach parce qu’il ne veut pas être différent des autres. C’est un hommage à nos familles, qui part de nos propres souvenirs, les miens et ceux de François, auxquels j’ai insufflé la magie de mon court métrage Les Fleurs magiques dans lequel jouait Marc-André, qui avait huit ans à l’époque. En fait, je trouve que le film a un petit côté Billy Elliott."

Et Michel Côté de conclure: "J’aimais beaucoup la sensibilité et le réalisme historico-socio-culturel de C.R.A.Z.Y., ses personnages palpables, son côté presque documentaire. Je crois que ce film peut créer l’événement."

En salle le 27 mai

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