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Cinéma

Les Particules élémentaires : Comme un roman?

Pour Les Particules élémentaires, Oskar Roehler s’est inspiré du sulfureux roman de Michel Houellebecq.

Certes, on pourrait reprocher à Michel Houellebecq ses convictions sexistes, son idéologie à la limite du supportable, son discours haineux face aux minorités visibles, sa hantise de l’homosexualité. Mais on ne saurait remettre en question l’indéniable qualité de sa plume, la fascinante emprise de son univers littéraire. Et pour preuve: le Houellebecq décrié, honni de plusieurs déchaîne les passions, mais inspire aussi les cinéastes. Après le Français Philippe Harel, qui s’est attaqué à sa controversée Extension du domaine de la lutte, voici que l’Allemand Oskar Roehler s’en prend à ses tout aussi contestées Particules élémentaires.

Dans cette oeuvre basée sur le roman (et on insistera sur le "basée sur"), on retrouve les deux demi-frères désillusionnés Bruno (Moritz Bleibtreu) et Michel (Christian Ulmen), devenu ici Michael pour les besoins d’adaptation. Notons aussi que l’action se situe en Allemagne, plutôt qu’en France. Mais au-delà de ces variantes pour le moins évidentes, ce qui frappe en premier lieu le spectateur, c’est le caractère soft de l’ensemble, ainsi que l’embellissement que Roehler a fait du récit initial. Un Michael au caractère nettement plus doux que celui du Michel romanesque s’efface rapidement au profit du plus corrosif Bruno. Mais bien que ce dernier ait gardé à l’écran ses idéaux extrémistes, il apparaît davantage brisé, émotif et sensible à l’écran qu’il ne l’était sur papier. L’accent est surtout mis ici sur la thématique amoureuse et la relation qu’il entretient avec Christiane (Martina Gedeck), ainsi que sur celle qui unit Michael à Annabelle (Franka Potente, la Lola qui courait dans le film-culte de Tom Tykwer).

La direction photo est réussie, le climat, bien amené, le jeu des acteurs, percutant. Bleibtreu épate par sa prestance, impressionne aussi par les trois scènes où il se laisse aller à un flot lacrymal intarissable. Pourtant, il manque à ce film la narration mordante de Houellebecq, ses points de vue si délicieusement choquants, ses commentaires (trop?) souvent déplacés. C’est comme si, en lui soutirant son flot narratif, l’oeuvre perdait de son essence.

Il n’en demeure pas moins que, bien que amputées quasi entièrement de leur caractère abusif, les particules extraites du roman constituent une oeuvre cinématographique intrigante, qui risque plus de calmer les remontrances des détracteurs de Houellebecq que de rallier ses inconditionnels.

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Extension du domaine de la lutte de Philippe Harel
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