Tara Johns / The Year Dolly Parton Was My Mom : Recherche Dolly désespérément
Cinéma

Tara Johns / The Year Dolly Parton Was My Mom : Recherche Dolly désespérément

Dans son premier long métrage, The Year Dolly Parton Was My Mom, Tara Johns traite avec délicatesse du refus de la maternité et de la quête d’identité.

En regardant la Dolly Parton des années 70, tout de pastel vêtue, sa luxuriante chevelure platine, son sourire juvénile, il ne nous viendrait pas à l’idée d’en faire une figure maternelle. Et pourtant, peu après avoir appris qu’elle avait été adoptée par ses parents (Gil Bellows et Macha Grenon), Elizabeth (Julia Stone), sage fille de 11 ans vivant en banlieue de Winnipeg, s’est mis en tête que la célèbre chanteuse country était sa mère biologique. Plus encore, elle enfourche son vélo dans l’espoir de la retrouver à Minneapolis, où celle-ci donne un spectacle.

C’est en écoutant une entrevue de Dolly Parton à la radio que la réalisatrice Tara Johns a découvert que derrière les froufrous, les fleurs et les papillons, se cachait une femme de carrière qui ne se laissait pas marcher sur les pieds.

"J’aurais voulu savoir à 11 ans que cette femme-là, malgré son archi-féminité, avait cette forte personnalité, confiait-elle quelques jours avant de présenter son film à la soirée de clôture des RVCQ. Je me disais que ça ferait un peu avant-gardiste de croire qu’à cette époque-là, Dolly Parton était aussi cool que ça. Dolly contrôle son image, et derrière le côté superficiel, on découvre toute sa richesse intérieure. C’est pour cela qu’elle incarne un modèle pour Elizabeth."

Avant que The Year Dolly Parton Was My Mom prenne vie au grand écran, il a bien fallu que Tara Johns rencontre la vraie Dolly afin que celle-ci lui accorde les droits pour ses chansons et y collabore vocalement. Par l’entremise d’un réalisateur canadien ayant tourné un documentaire sur le projet Imagination Library, dans lequel s’implique la chanteuse afin de lutter contre l’analphabétisme chez les enfants, la réalisatrice a pu rencontrer la chanteuse à Nashville. Une odyssée qui aura duré deux ans: "Rencontrer Dolly, c’était le boutte du boutte! lance la Montréalaise d’adoption née à Calgary avec son délicieux accent anglophone. Le pot d’or au bout de l’arc-en-ciel! Dès qu’on s’est vues, elle a agi comme si on se connaissait depuis longtemps. Elle m’a même demandé de la diriger."

À travers une prémisse qui peut sembler farfelue, Tara Johns remet en question la famille traditionnelle à travers divers portraits féminins, de la jeune prépubère à la mère au foyer, en passant par la militante féministe, Stella (Rebecca Croll), la voisine qui aimerait bien aider la mère d’Elizabeth à sortir de sa cuisine.

"Je ne suis pas mère, mais je voulais explorer les conflits liés à la maternité. De nos jours, on reconstitue la définition de la famille, mais dans les années 60 et 70, c’était encore la mère, le père et les enfants. Je trouve qu’on n’a pas tant évolué à ce sujet; on se demande si on est qualifiée pour être mère et on se fait demander pourquoi on ne veut pas le devenir. Si je devais donner une étiquette à Marion (Macha Grenon), ce serait celle du syndrome de l’imposteur."

Féministe, ce premier long métrage? "Je n’ai pas de problème avec les étiquettes. C’est un film sur la quête d’identité des femmes fait par des femmes pour des femmes, mais je ne vois pas de danger à ce que des hommes le voient. Il y en a même qui ont été touchés…", conclut Tara Johns.

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Ce qui séduit d’abord et avant tout dans ce charmant récit initiatique doublé d’un road movie à bicyclette, c’est la photographie de Claudine Sauvé grâce à laquelle les vastes paysages manitobains prennent un air d’une solennelle majesté. Vient ensuite la direction artistique de Normand Sarazin qui, plutôt que de jeter de la poudre aux yeux du spectateur avec force détails, reconstitue avec subtilité les années 70, donnant ainsi à ce premier long métrage de Tara Johns l’allure émouvante de photos de famille usées par le temps. Si la trame narrative peut sembler mince, par trop linéaire, n’en demeure pas moins que Tara Johns signe de délicats portraits féminins à différents stades de leur vie tout en amenant une réflexion qui ne se veut pas moralisatrice sur la maternité. Enfin, d’une beauté radieuse et d’une sensibilité à fleur de peau, Macha Grenon trouve en cette douce mais décidée Marion un rôle lui allant à merveille. À ses côtés, la jeune Julia Stone laisse présager une actrice à surveiller.

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