La vérité : Rites de passage
Cinéma

La vérité : Rites de passage

La vérité, de Marc Bisaillon, s’inspire d’un fait divers réel mais demeure résolument une oeuvre de fiction.

Alors qu’il avait fait beaucoup de recherches avant de tourner La lâcheté, premier volet de sa tétralogie sur "la culpabilité et le silence", Marc Bisaillon n’a pas hésité à s’éloigner considérablement de l’histoire vraie à l’origine de La vérité: "L’anecdote m’avait été racontée par quelqu’un, mais je n’ai pas retrouvé les personnes qui l’ont vécue. Ça aurait sûrement fait un film différent, mais j’aime la façon dont je l’ai abordée, en remettant le tout dans un univers à moi."

Déposé à la SODEC une première fois il y a 12 ans sous le titre L’accident, le scénario de Bisaillon a connu de nombreuses transformations au fil des réécritures, notamment après le choix des interprètes, dont plusieurs étaient déjà de la distribution de La lâcheté, soit Geneviève Rioux, Denis Trudel, Sylvio Archambault et Louis-Georges Girard.

Pour les rôles centraux des deux adolescents qui, lors d’une soirée de beuverie, causent involontairement la mort d’un homme, le cinéaste a toutefois dû se tourner vers de nouveaux visages: "Émile Mailhiot, je l’avais vu dans un court métrage [Moi de Yan England] et je l’avais trouvé vraiment bon. Puis Pierre-Luc Lafontaine, je l’avais vu dans La galère, et aussi dans un court [Déraciné de Pierre-Antoine Fournier]", se rappelle le réalisateur.

Sans excuser leurs actions répréhensibles, La vérité fait preuve de compassion envers les protagonistes, dépeints comme étant davantage en manque de repères que foncièrement malveillants. "J’ai beaucoup lu sur les rites de passage chez l’adolescent, et ça me confirmait des choses par rapport aux tribus anciennes, qui avaient toutes des rites pour passer à l’âge adulte. Aujourd’hui, en Occident, on en a moins, ce qui fait que les jeunes peuvent se lancer dans une certaine délinquance", explique Bisaillon.

Amateur de cinéma sous toutes ses formes, en plus de démontrer un fort intérêt pour la culture russe et la musique underground, l’ex-chanteur des 3/4 putains a trouvé le moyen de réunir toutes ses passions dans son plus récent projet en y faisant apparaître le groupe WD-40: "Je suis allé les voir en show et je trouvais que c’était vraiment cinématographique… Puis j’ai flashé sur la toune Et les chiens hurlèrent jusqu’à l’aube. Ça me fait penser à du Vladimir Vyssotski, il y a quelque chose de slave là-dedans, et dans le film, le personnage de Pierre-Luc a justement quelque chose du héros slave, si on pense à Crime et châtiment de Dostoïevski, par exemple."

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La vérité

Serait-ce d’être allé au-delà du fait divers qui explique que Marc Bisaillon signe ici un deuxième long métrage plus maîtrisé que le premier? Si La lâcheté souffrait d’une certaine lourdeur, La vérité affiche plus de liberté dans l’exécution. De fait, avant de plonger au coeur du drame, le réalisateur trace un portrait crédible et vivant de deux garçons, ni parfaits ni marginaux. Deux ados "normaux", le premier (Mailhiot) fils d’un médecin (Denis Trudel, convaincant), le second (Lafontaine) fils d’une policière (Geneviève Rioux, touchante), qui, un soir de beuverie, commettent l’irréparable. Sans verser dans la morale ni le pathos, Bisaillon exploite habilement le thème de la culpabilité à travers les contradictions des personnages, dont la solidarité menace de s’effriter. Solidement secondé par Émile Mailhiot, Pierre-Luc Lafontaine fait montre d’une belle sensibilité. (Manon Dumais)

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