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Cinéma

Michel Leclerc / Le nom des gens : Engagez-vous, qu’elle disait

D’inspiration autobiographique, Le nom des gens, de Michel Leclerc, est une comédie romantique qui conjugue avec une fraîche insolence sexe et politique.

À la suite d’une soirée d’élections décevante pour plusieurs, il s’en trouvera sans doute bon nombre pour embrasser spontanément une comédie romantique où une jeune femme née de mère française et de père algérien couche avec tous les hommes qu’elle soupçonne d’être de droite afin de les convertir.

"Ce qui est bien, c’est d’arriver à parler de certains sujets sans que ce soit pesant pour le spectateur, explique Michel Leclerc, joint au bout du fil à Paris. Je n’ai pas du tout envie d’asséner des messages, car je considère que le cinéma doit demeurer un plaisir. Je pense que, un petit peu comme Baya (Sara Forestier), c’est dans le plaisir qu’on arrive le mieux à faire passer ses idées." S’inspirant de leur rencontre, Leclerc et sa conjointe Baya Kasmi racontent dans Le nom des gens l’improbable mais non moins instantané coup de foudre d’une fougueuse gauchiste pour un homme sans histoire cachant ses origines juives sous un nom très français (Jacques Gamblin), qu’elle croit à tort être de droite.

"En tant que cinéaste, je pense qu’on a une espèce de double devoir: le premier, de parler de choses qui nous touchent; le second, de ne pas sombrer dans la complaisance, l’ennui. C’est pour ça qu’on a fait un film personnel, très accessible, où tout le monde peut s’identifier. En France, beaucoup de gens s’y sont retrouvés parce qu’ils refusent tout communautarisme et ne veulent pas être assignés à leur identité. Et nous, on voulait parler de ces gens-là." Alors qu’on sent chez Rachid Bouchareb une urgence de parler du racisme et de l’immigration maghrébine, se devine chez le tandem Leclerc-Kasmi un doux optimisme teinté de réalisme: "Avec le temps, les gens issus de deuxième et troisième génération investissent tous les secteurs; dans la culture, c’est très net. Dans le cinéma, beaucoup de réalisateurs issus de l’immigration font des films très français, comme Abdellatif Kechiche. Un des buts de notre film, c’est de parler de ce qui va mal, mais je pense qu’il faut être optimiste et voir qu’il y a des gens qui font des choses faisant totalement partie de la société française et qui sont acceptés comme tels, ce qui n’empêche pas des dérives racistes."

À voir si vous aimez /
Vive la République! d’Eric Rochant, Origine contrôlée d’Ahmed et Zakia Bouchaala, Plus tard tu comprendras d’Amos Gitaï

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À l’image du personnage de Baya, campé avec impétuosité par Sara Forestier aux côtés d’un Jacques Gamblin en grande forme, Le nom des gens possède une énergie contagieuse, une folie contrôlée et du charme à revendre. Cette joie de vivre qui contamine agréablement ce film politiquement sexy doit beaucoup à la mise en scène aérée et souple de Michel Leclerc, qui mise sur la gestuelle des corps, échappant ainsi à la comédie conventionnelle. Comprenant une surprenante apparition de Lionel Jospin, qui a écrit ses répliques, Le nom des gens séduit autant par les hilarantes réflexions sur la politique, sa structure éclatée incluant flash-back et confessions face à la caméra, que par ses moments tendres et nostalgiques où le super 8 et le super 16 remplacent joliment le HD.