Micheline Lanctôt / Pour l'amour de Dieu : Une enfance à l'eau bénite
Cinéma

Micheline Lanctôt / Pour l’amour de Dieu : Une enfance à l’eau bénite

En écrivant le drame sentimental Pour l’amour de Dieu, lauréat du prix du jury étudiant au Festival du film francophone d’Angoulême, Micheline Lanctôt a replongé dans ses souvenirs d’enfance.

Bien que le titre puisse faire pense à une exclamation de colère ou d’exaspération, Pour l’amour de Dieu n’est certes pas un règlement de compte envers l’Église catholique. Au contraire, à travers les personnages de soeur Cécile (Madeleine Péloquin, prix d’interprétation féminine au Festival du film francophone d’Angoulême) et du père Malachy (Victor Andrés Trelles Turgeon), on ressent l’admiration et le respect de Micheline Lanctôt envers les religieux.

"J’ai peu de mauvaises expériences avec les religieuses de Jésus-Marie, des femmes très lettrées qui ne ménageaient pas leur temps, chez qui j’ai étudié de 1951 à 1966, affirme la réalisatrice. J’ai eu des professeurs de piano et de dessin que j’adorais. J’ai eu des relations très intenses avec elles; j’ai même été battue par l’une d’entre elles, qui souffrait de dépression, mais je n’en ai gardé aucune animosité. C’est effrayant, les clichés que l’on fait à propos des religieux; ça m’a toujours irritée. On les a beaucoup ridiculisés et je ne sais pas pourquoi. On ne fait pourtant pas ça avec les moines tibétains."

Comme tient à le souligner Micheline Lanctôt, née d’un père ayant fait son noviciat chez les jésuites et d’une mère issue d’une longue lignée de libres penseurs, ce film aux résonances autobiographiques ne porte pas sur la religion et n’a pas été fait pour redorer l’image des religieux. Campé en 1959, Pour l’amour de Dieu relate l’histoire d’amour entre Cécile et Malachy sous le regard jaloux de la jeune Léonie (Ariane Legault).

"Le film porte sur l’amour charnel et ça adonne que ce sont des religieux", poursuit Lanctôt, qui s’est inspirée du trouble ressenti en présence d’un père dominicain lorsqu’elle était enfant pour écrire ce récit d’amour. "La religion y est très secondaire; c’était très important que mes personnages religieux soient des êtres de chair ayant prononcé leurs voeux récemment. J’ai dit aux actrices que je ne voulais pas de clichés de religieuses dévotes, nunuches ou saintes nitouches. Je leur disais qu’elles étaient d’abord des femmes et que ce qui arrive à soeur Cécile les touche. Ce qu’il y a de religieux dans le film, c’est l’époque."

Afin d’illustrer l’amour mystique des personnages, elle a même poussé l’audace jusqu’à mettre en scène un Messie en chair et en os (Rossif Racette-Sutherland, qui a hérité de la beauté de sa mère Francine et de la stature de son père Donald): "Comme ces gens aiment Dieu et que Dieu est le principal rival de tout le monde, c’est pour cela qu’il apparaît dans le film. Quand j’étais petite, mon Jésus avait l’air de ça et c’est difficile de ne pas tomber amoureux de lui. Chaque fois que j’arrivais sur le plateau et que je le voyais, je tombais à genoux en disant: "Jésus!""

Devant de telles images, il ne faudrait surtout pas croire que Pour l’amour de Dieu idéalise l’époque de la Grande Noirceur où l’on récitait le chapelet en famille. De fait, à travers le personnage de la mère de Léonie (Lynda Johnson), Micheline Lanctôt traduit le sentiment d’aliénation de la société québécoise face à l’Église catholique.

"Pauline est une mange-curé, un pur produit de son époque. Son jeune frère (Lawrence Arcouette) a été molesté par les frères Viateurs, très réputés pour ça, ce qui l’a complètement bousillé. Pour elle, tous les religieux sont des pervers. En fait, comme en 1959, où la sexualité était considérée tabou, c’est une femme qui a peur du sexe. C’est pour cela que Léonie associe n’importe quelle manifestation d’affection avec le sexe – un gros péché en 1959, seul ou avec d’autres. On vient de loin!" conclut la cinéaste.

À voir si vous aimez /
Les dernières fougères de Michel D’Astous, Doubt de John Patrick Shanley, Avril de Gérald Hustache-Mathieu

ooo

Après avoir reçu le journal intime qu’elle tenait en 1959, une journaliste (Micheline Lanctôt) se remémore l’époque où, enfant (Ariane Legault), elle fut témoin de l’amour entre deux jeunes religieux (Madeleine Péloquin et Victor Andrés Trelles Turgeon, à fleur de peau). Filmé à hauteur de fillette dévote, ce récit ayant pour thèmes la culpabilité et l’expiation, que l’on aurait souhaité plus étoffé et plus solidement ancré dans le présent de la protagoniste, offre de belles images de Michel La Veaux, lesquelles évoquent subtilement des motifs propres à l’iconographie chrétienne et illustrent efficacement l’essence des années 50. Or, si cela confère au tout un aspect solennel, par moments, le film menace de crouler sous le symbolisme religieux. Grave et prenante, la trop présente musique de Catherine Major noie l’émotion des personnages. Au final, l’apparition de Geneviève Bujold au côté de Micheline Lanctôt ravit le cinéphile, bien que l’interprétation de la première se révèle quelque peu maniérée.


Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie